Tribunes libres

Qui veut la mort des Chambres de Commerce ?


Où l'ancien président de la CCI Grand Lille s'interroge sur le devenir de l'institution consulaire.


bonduelle

 

 

 

Longtemps uniques interfaces entre l’État et les entreprises, les CCI se sont vues dépossédées de ce monopole d’abord par les villes, ensuite par les régions. Leurs ressources, longtemps généreuses, ont été peu à peu rognées, puis carrément amputées.

Les grands ténors ont disparu. Feus les Présidents Robert Delesalle qui créa l’aéroport, Marcel Delcourt à qui l’on doit l’Apim, Charles Verspieren qui construisit la tour Mercure, sont de pieux souvenirs. Les patrons des grandes entreprises ont gardé les pieds dans la glaise du Nord mais leur tête est désormais dans les étoiles de la mondialisation.  Entre deux décalages horaires, ils ne prêtent plus qu’une oreille distraite aux bruits de leur village d’origine. Que peuvent répondre les CCI au fringant président du Medef des Hauts-de-France qui déclare sans ménagement: « Nous voulons être l’interface entre les élus et les entreprises »?  Exactement le rôle que jouaient les CCI au temps de leur splendeur. Certes les palais consulaires ont gardé leur majesté et les chauffeurs conduisent encore des limousines noires, mais pour quels pouvoirs ? 

Au demeurant, les Chambres ont montré leur incapacité à se moderniser. C’est en 1994 que le ministre Alain Madelin voulait les supprimer au nom du libéralisme. Le rapport qu’il avait commandé préconisait une réforme drastique de leur fonctionnement et de leurs missions, rapport resté lettre morte. J’en extrais  cette phrase assassine: « L’intervention des CCI correspond plus parfois à ce que l’institution consulaire pense pouvoir faire et non à ce que les chefs d’entreprise attendent d’elles. » Rien n’a vraiment changé en 23 ans sauf que, vengeance de Bercy, leurs budgets ont encore été réduits, alors que pendant ce quart de siècle ceux des Communautés urbaines et des Régions ont été multipliés par trois.

Le 7 février, Pierre Gattaz était le grand invité des business clubs de la région devant 500 patrons, à Marcq-en-Baroeul. A la question à la cantonnade de l’animateur, “Qui utilise les CCI pour son développement ?”, … trois mains se lèvent. Aïe! rapporte Yannick Boucher dans la Voix. Restent heureusement les concessions, port et aéroport. Pour combien de temps encore?

Menée au pas de charge, la régionalisation des Chambres demeure incomprise et le distinguo entre chambre de région, chambres territoriales, chambres locales est totalement abscons même pour les élus du sérail. Alors ne demandez pas à l’homme de la rue ce qu’il a compris. A Noël, place du Théâtre, si vous lui aviez  demandé « C’est quoi ce grand bâtiment ? », il vous aurait répondu: « Une patinoire ! »