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02/09/2010

Laurence PARISOT : «Les Pme et TPE ne supporteraient pas une hausse des prélèvements !»

Lors des Universités d'été du Medef sur le campus HEC à Jouy-en-Josas, la patronne des patrons français a répondu aux questions de plusieurs titres régionaux français dont Eco 121. Extraits.

Quel est l'intérêt de ces universités d'été?
C'est un moment important où on se retrouve tous avec nos Medef territoriaux. C'est aussi un moment privilégié d'échanges de haut niveau. Nous avons très clairement une ambition intellectuelle, la volonté de susciter le débat, la création, l'imagination, et insuffler des pistes nouvelles.

Les entreprises du CAC 40 affichent des profits en forte croissance. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?
C'est une très bonne nouvelle que les entreprises du CAC 40 dégagent des profits sur le premier semestre de cette année. Hier, il y avait une table ronde avec le patron de Fiat , John Elkann, qui a dit la chose suivante : nous, les constructeurs automobiles européens, si nous n'avions pas eu ces deux dernières années comme clients les pays émergents, peut-être n'existerions nous plus. Les profits sont à plus de 60% le fruit des ventes hors d'Europe. Ces résultats sont donc une bonne nouvelle car la mondialisation de nos plus grandes entreprises a permis leur survie.

L'enjeu aujourd'hui, une fois que le plus gros de la crise est passé, c'est de faire en sorte que les grandes entreprises puissent se développer et apporter leur contribution à notre économie. Mais pour cela, il faut qu'il y ait un dynamisme et une confiance dans nos économies. Une des clés est le désendettement des États. Car aujourd'hui quand vous avez une trajectoire de dette qui laisse entendre qu'en 2015 (et ce n'est pas loin, 2015!), nous aurons un ratio de dette sur PIB de 100%, et cela peut freiner l'investissement.

Interview eco 121 : Laurence Parisot, MedefEtes vous inquiète pour la signature financière de la France ?
Je suis soucieuse que nous soyons capable de consolider la note de la France. Il est essentiel de garder le triple A, et il faut que personne dans le monde ne puisse en douter. Il faut donc dire très clairement qu'on veut changer la trajectoire de nos finances publiques. Il faut être lucide sur le cas particulier de la France. Le niveau d'endettement, révélé par le rapport Pébereau en 2006 était à peine supportable. On commençait tout juste à traiter le problème quand la crise s'est invitée. Cela nous a obligés tous -et il fallait le faire- à oublier un temps les enjeux des finances publiques. Il était normal qu'il y ait une politique de relance. Aujourd'hui qu'on est en train de voir le bout du tunnel, il faut commencer à reprendre la réflexion qu'on avait sur la dette. N'oublions pas que derrière toute dette, il y a des créanciers. Celle de la France est détenue aux deux tiers par des non résidents français...

L'université du Medef porte sur " l'étrangeté du monde, mode d'emploi ". Mais ces préoccupations internationales sont éloignées de la plupart des Pme ou TPE. Quel est votre message pour ces entrepreneurs là ?
Je leur dis : pensez l'international! Même si vous êtes des entreprises de taille moyenne, il y a peut-être des opportunités d'aller chercher des marchés à l'extérieur, de commercer à l'international. Ne serait-ce qu'avec Internet, qui est un outil logistique et peu coûteux, qui vous met en relation instantanée avec le reste du monde. Même pour les entreprises dont on peut se dire que la problématique n'est pas internationale, comme les hôtels ou les restaurants, plus leur responsable aura une sensibilisation à l'international, plus il sera capable d'attirer.

La rentabilité des Pme n'est pas aussi florissante que celle des majors qui, justement, peuvent profiter de la croissance des grands émergents. Cela vous inquiète-t-il?
Je vois la fragilité de la situation. Il y a encore un degré d'incertitude très clair. Il n'est pas question d'augmenter les prélèvements obligatoires sur les entreprises. Les Pme et les TPE ne le supporteraient pas. Il ne faut pas les accroître sur les ménages non plus. Supprimer ou raboter les niches fiscales, c'est augmenter les prélèvements obligatoires. Si certaines niches étaient entamées trop sérieusement, la situation serait à la limite du supportable.

Les banquiers avaient été sévèrement mis en cause au plus fort de la crise. Comment jugez vous leur rôle aujourd'hui ?
Cela a beaucoup changé. Nous étions dans une situation vraiment différente au premier trimestre 2009... Nous avons beaucoup travaillé, avec les Medef territoriaux, à rassembler, jouer les intermédiaires entre les banquiers et les entreprises en difficulté. Cette mobilisation a fait prendre conscience aux banquiers qu'il y avait quelque chose à faire. Moi, je suis patronne de Pme, j'ai eu plus d'un éclat de voix avec mon banquier. Mais il ne faut pas caricaturer. Quand on est dans un maelström, il faut arrêter d'aller chercher systématiquement des boucs émissaires. Le banquier a besoin de clients.

Laurence Parisot du Medef, interview Eco 121Est-on enfin sorti de la crise, selon vous?
Rendez-vous l'année prochaine! On n'est pas devins. Il y a des signes plutôt rassurants. Sur le plan micro-économique, beaucoup de chefs d'entreprises, s'ils n'ont pas retrouvé le niveau de leur carnet de commandes d'avant crise, ont regagné suffisamment d'activité pour avoir une situation correcte.

Les pays émergents sont en pleine croissance et adressent au monde entier une demande de produits et de services à laquelle il faut savoir répondre. Mais il y a une grande incertitude sur la trajectoire des États-Unis. Il y a des jours avec des bonnes nouvelles et d'autres avec de mauvaises nouvelles. On voit bien que les États-Unis changent de modèle. Ils se désendettent côté ménage, mais cela affaiblit la consommation qui est le moteur principal de la planète.

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