EntreprendreEdito n°70-Avril 2017

> Tribune

Bruno Bonduelle: « Ouvrons leur notre porte ! »


L'ex président de la CCI Grand Lille souligne tout l'intérêt du sang neuf de l'immigration pour alimenter notre machine économique et enrichir le tissu régional.


bonduelle_bdDe Kabylie ou de Tunisie, ils ont débarqué en haillons dans les années soixante pour vendre leurs bras aux patrons des Trente Glorieuses qui en manquaient tant, en coulant le béton dans le froid des chantiers, en peignant la laine dans la chaleur humide des ateliers, en creusant les trottoirs dans la poussière des marteaux-piqueurs, en trempant les mains dans l’eau grasse des arrière-cuisines des kebabs, toutes tâches ingrates dont nous ne voulions plus. Ils ont fait souche et certains de leurs petits-enfants que notre société a rejetés alimentent aujourd’hui les rubriques des faits-divers, et cela même si les Kalach se font entendre à Marseille-Nord et pas à Lille-Sud.

Et si nous arrêtions de nous focaliser sur ces enfants perdus de la République et regardions plutôt du côté de ces brillants cerveaux sans lesquels le Grand Lille ne serait pas tout-à-fait ce qu’il est. Jugez-en : Raouti Chehih dirige EuraTechnologies, Mongy Zidi a créé l’éditeur de logiciels Archimed, Jeff Squalli développe Ecodas. Gérald Moussa Darmanin est député-maire de Tourcoing, Tokia Saïfi députée européenne. Son frère Mustapha a créé Mtex. Pensons aussi à ceux qui nous ont sauvé la vie comme le regretté Salem Kacet, cardiologue réputé qui fut adjoint au maire de Roubaix. Tous ces patronymes à la consonance bien peu gauloise ne trompent pas. Pas davantage leur teint basané qui contraste avec la peau rose des Flamands venus autrefois, eux aussi de l’étranger, pour faire tourner les filatures. D’autres immigrés venus de l’Est ont fécondé la Métropole, Henryk Klaba par exemple dont le fils Octave a fait d’OVH un leader mondial.

Quant aux petites mains qui ne font jamais parler d’elles, nous sommes heureux d’utiliser chaque jour leurs services, de l’aide soignant marocain à la couturière congolaise.

Notre vieille Europe fatiguée ne fait pas assez d’enfants. Elle a besoin de ce sang neuf pour payer la retraite de ses vieux. Parmi ceux qui fuient la guerre ou sont sortis de la boue de Calais, combien de chercheurs en puissance, de futurs ingénieurs, de startupers ? Ouvrons leur notre porte ! Les Allemands l’ont fait, eux dont le vieux démographe Alfred Sauvy disait : « Ils n’existent plus mais ils ne le savent pas encore ! » Alors, philanthrope Merkel ? Pas seulement ! Elle sait que mettre au travail des jeunes prêts à l’emploi sans passer par les cases couches-culottes et coûteux gymnasiums, c’est tout bénéfice pour son pays.