TerritoiresEco 121- n°59- Mars 2016

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L’avenir de Desseilles Laces en sursis


L’annulation du licenciement de 5 salariés protégés a poussé le dentellier calaisien à demander sa liquidation.


DesseillesL’horizon semblait dégagé pour le den- tellier historique de Calais et ses 74 salariés. Fin 2015, des nouvelles gammes en jacquard et en leavers ont séduit des investisseurs chinois (cf Eco 121 n° 57) et auguraient de nouveaux débouchés dans la lingerie fine. Mais voilà ! Début décembre, le tribunal administratif de Lille a annulé l’autorisation accordée en 2013 par l’inspection puis par le ministère du travail au licenciement de cinq salariés protégés. Le montant des indemnités cumulées s’élève à 700 K€. Trop pour une entreprise déjà fragilisée par une dette de 3M€. «La seule solution était de demander une liquidation pour retrouver un repreneur», justifie Jean-Louis Dussart, un des trois dirigeants. Exit l’investissement de 400K€ promis par Grace Wang, la femme d’affaires chinoise entrée au capital en septembre 2015 pour 300K€.
74 emplois sur la sellette
L’entreprise venait d’être placée en redressement judiciaire pour la seconde fois. Faute de trouver repreneur, ce fleuron de la dentelle calaisienne devrait mettre la clef sous la porte… et supprimer 74 emplois. « Tous ces gens là sont complètement hors-sol. En prenant cette décision, ils ont signé l’arrêt de mort de l’entreprise », s’insurge Frédéric Motte, président régional du Medef.
La décision marque le dernier rebondissement d’un conflit ouvert en 2013 par le licenciement de 9 employés de la branche leavers de l’entreprise dont cinq ouvriers tullistes représentants du personnel. « Nous leur avons proposé de modifier leur contrat de travail. Ce qu’ils ont refusé », raconte Jean-Louis Dussart, qui affirme avoir agi dans les règles. « Le licenciement a été fait dans le service où on perdait le plus d’argent qui était le service leavers. Nous avons décidé de réduire les coûts par les effectifs et nous sommes passés par la voie légale», raconte Jean-Louis Dussart qui a même envisagé la création d’une Scop.
“Nous attaquerons l’Etat”
Toujours est-il que le juge administratif a retenu qu’aucune proposition de reclassement interne n’avait été proposée aux salariés. « Il n’ y a eu aucune recherche de reclassement. Ca me paraît tout à fait logique », abonde Jean- Pierre Mougel, l’avocat des cinq salariés. Trois ont réintégré le site début janvier. Les deux autres réclament des indemnités aux prud’hommes. Dans l’angoisse de l’attente, 90 salariés de l’entreprise et de ses sous-traitants se sont regroupés en collectif. « Il a pour vocation de faire du bruit et de faire parler de nous. On n’a tenu compte que de 5 salariés protégés mais pas des 74 autres. Nous avons pris un avocat et nous attaquerons l’Etat », s’insurge Renato Fragoli, délégué CFTC de l’entreprise qui a reçu à la mi-février la visite du président de région Xavier Bertrand. Les repreneurs avaient jusqu’au 29 février pour déposer une offre de reprise. Trois auraient manifesté de l’intérêt mais l’espoir semblait mince lorsque nous mettions sous presse. « L’aversion des investisseurs pour le risque est connu », remarque Jean- Louis Dussart. En attendant l’appel, Desseilles Laces, qui a réalisé en 2015 un CA de 7M€, a demandé la suspension de la décision. Le juge devrait se prononcer en mars.

E.V.