Railenium rescuscite l’ambition ferroviaire
La boucle ferroviaire, véritable arlésienne de la région depuis des années, va-t-elle enfin voir le jour? Désormais cantonnée aux seules infrastructures, elle pourrait prendre la forme d'un Institut de recherche technologique, éligible au grand emprunt national. Décision de l'Etat en avril.
Contribuer à développer le rail du troisième millénaire. C’est la volonté qui anime le projet Railenium, nom de baptême de l’Institut européen de recherche technologique pour l’infrastructure ferroviaire. Elle s’est exprimée de manière unanime le 28 janvier dernier, lors de la présentation de la candidature du PRES Université Lille Nord de France à l’appel à projets « Instituts de recherche technologique » (IRT). Un appel à projets qui vise, dans le cadre du Programme Investissements d’Avenir (Grand emprunt), à compléter le dispositif des pôles de compétitivité pour constituer des filières performantes à l’échelon mondial.
Fort effet de levier
Railenium s’appuie sur deux acteurs majeurs de la recherche en région : l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis (UVHC), labellisée « campus innovant » dans les transports durables, et le pôle i-Trans. Son ambition ? Rassembler dans le Hainaut les meilleurs chercheurs publics et industriels en matière de ferroviaire, autour d’équipements uniques en Europe – boucle d’essai ferroviaire, piste d’essai tramway, manège de fatigue, campus d’excellence… Car « aujourd’hui, les conditions ne sont pas favorables à l’innovation, constate Lucette Vanlaecke, directrice régionale Réseau ferré de France (RFF). Ce projet répond à une conviction, celle d’un fort effet de levier, et à un besoin, celui de créer les conditions d’un consensus avec les homologues européens et de maintenir la compétitivité des entreprises. »
Capteurs intelligents
Les objectifs sont nombreux et bien sûr durables : réduire de 30% le « coût tout au long de la vie » de l’infrastructure ferroviaire, diminuer l’empreinte carbone et réduire les nuisances, en particulier le bruit; augmenter de 20% le débit des infrastructures existantes; diminuer d’autant la consommation d’énergie; maîtriser la sécurité et développer l’intermodalité; enfin, réduire de moitié la durée des procédures d’homologation grâce à l’ingénierie numérique, et optimiser l’exploitation grâce à la maintenance prédictive, par le déploiement de capteurs intelligents.
Des entretiens nombreux menés en France et en Europe ont confirmé l’intérêt stratégique de cet IRT. « Le transport doux est devant nous, mais les conglomérats chinois sont là ! Il faut avoir trois technologies d’avance », a plaidé un Jean-Louis Borloo enthousiaste qui met « un point d’honneur absolu sur ce dossier ».
« La boucle est bouclée »
Le Nord-Pas-de-Calais -et surtout le Valenciennois, concentre plus de 30% de l’activité ferroviaire française, et affiche 10 000 salariés dans plus de 150 entreprises. A côté d’Alstom et Bombardier, deux des trois leaders mondiaux, se pressent des équipementiers, sous-traitants, bureaux d’études et d’ingénierie, organismes de certification et d’essais. A quoi il faut ajouter l’UVHC, le siège de l’Agence ferroviaire européenne, i-Trans, et l’Association des industries ferroviaires. Un beau terreau. « La culture ferroviaire, c’est la culture du territoire, a martelé Valérie Létard à la suite des élus d’Aulnoye-Aymeries et Bachant. Avec cet IRT, la boucle est bouclée. » Bernard Derosier en appelle à la solidarité nationale. Daniel Percheron, aux fées qui « se penchent sur le berceau de cette ambition ferroviaire ». La conviction est telle que, même si le projet n’était pas retenu en avril prochain, « l’IRT se fera », annoncent les partenaires d’une même voix. Mais le consortium industriel* pourra-t-il se substituer à la manne de l’Etat ?
*Il pourrait comprendre Bouygues TP, Colas Rail, Eurotunnel, Eiffage, Esi Group, GHH Valdunes, Mermec Group, Norpac, Ratp, Tata Corus Rail France SA, Vossloh Cogifer…
Budget global : 540 M€, dont
Investissement : 190 M€ d’équipements + 50 M€ pour le foncier, la voirie…
Fonctionnement sur 10 ans : 300 M€
Financement sur 10 ans :
Etat 100 M€
Collectivités 120M€
Industriels 90 M€
Etablissements de formation et recherche 75 M€
CA espéré 230 M€

