TerritoiresEco121 - n°57 - Décembre-Janvier 2016

> Développement public

SDIS : vers un retour au calme et à l’équilibre ?


Lille. Grosses secousses sur l'un des principaux SDIS de France. Son président Joël Wilmotte démisssionne alors qu'il lançait une restructuration lourde.


Jean René Lecerf succède au pied levé à Joël Wilmotte (photo), “il est indispensable d’apaiser tous les conflits internes”, dit-il

Jean René Lecerf succède au pied levé à Joël Wilmotte (photo), “il est indispensable d’apaiser tous les conflits internes”, dit-il

 

 

«J’estime ne ne plus avoir les moyens de mener une réforme résolue, d’ampleur, qui permettrait (…) de retrouver une sérénité financière et des perspectives d’action ». C’est sur cette déclaration laconique que Joël Wilmotte a démissionné à la surprise générale le 20 novembre de la présidence du SDIS du Nord. L’intéressé avait été très vivement pris à partie par les sapeurs-pompiers, qui contestent avec vigueur la potion amère que le Département voudrait leur administrer. Et qui avaient mal supporté les critiques de l’exécutif départemental parlant de « privilégiés » ou « d’armée mexicaine ». Sans attendre, Jean-René Lecerf, président du conseil départemental, a annoncé reprendre en direct la présidence du SDIS, tandis qu’il recevait l’intersyndicale pour « nouer un dialogue, par son intermédiaire, avec l’ensemble des personnels. Les élus ont des décisions à prendre, mais ils le feront dans l’écoute et avec la participation des uns et des autres ».

Car le sujet financier reste brûlant. Un chantier de remise à plat général avait été ouvert, sous le nom de « Challenge 2016 », pour identifier toutes les pistes d’économies envisageables. Entre dette excessive, capacité d’autofinancement très faible, coûts de structure sous tension et recul de la contribution départementale, la situation du SDIS est très délicate. Plusieurs rapports successifs – chambre des comptes, inspection générale des services, ministère de l’intérieur – ont relevé cette dégradation. Joël Wilmotte évoquait début novembre l’exigence de dégager 12 M€ d’économies dans le budget 2016. En dix ans, dans le sillage de la réforme de la départementalisation, les dépenses du service ont explosé, notamment via l’augmentation très importante des effectifs, passés de 2061 à 2713 professionnels l’an dernier, soit + 32%.

Résultat : la contribution du Département) est passée de 32 M€ en 2004 à 96 M€ en 2014 ! Les dépenses de personnel représentent désormais 75% des dépenses de fonctionnement du SDIS. Or les sapeurs pompiers bénévoles sont, eux, beaucoup moins nombreux que dans les autres départements : on en compte 1,8 pour un professionnel (soit 4000 personnes) contre un ratio national de 3 pour 1. En parallèle, le nombre des interventions, lui, s’est accru de 24%, mais avec des situations contrastées : les sorties pour incendie et accidents ont reculé de 19% et 15%, tandis que les interventions de service à la personne croissaient de plus de 50%. Et les casernes neuves se sont multipliées.

Éteindre l’incendie social

Des mesures prudentielles ont déjà été adoptées : non remplacement des départs en retraite, arrêt de construction de nouveaux bâtiments, notamment. Joël Wilmotte avait répété avec force qu’il n’y avait « aucun tabou » dans les pistes d’économies, depuis le schéma départemental d’analyse et de couverture des risques jusqu’à la réécriture du règlement opérationnel, du régime indemnitaire particulièrement favorable (même les débutants démarrent à l’échelon 8, le plus élevé) mais aussi le réexamen de l’affectation des effectifs et matériels. Il relevait par exemple des paradoxes comme le centre de secours de Marcq-en-Baroeul comptant le double d’hommes que celui de Hautmont (60 au lieu de 30) pour un nombre d’interventions équivalent.

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Jean-René Lecerf annonce de l’écoute et de la participation

Jean-René Lecerf compte manifestement jouer l’apaisement pour éteindre l’incendie social qui couve dans le service. Évoquant le contexte traumatisant de la barbarie aveugle des récents attentats, l’élu indique « indispensable d’apaiser tous les conflits internes et d’assurer aux forces de sécurité civile la sérénité et la confiance nécessaire à l’exercice de leur mission de service public »

OD