"Aider les commerçants à tenir leur place dans les cœurs de ville"

La maire de Beauvais est devenue le porte-drapeau des villes périphériques, à travers la présidence de la Fédération des villes de France depuis 2014 (300 des 600 villes françaises de 15 000 à 100 000 habitants et certaines de leurs intercommunalités). Elle salue avec force le nouveau plan Action Coeur de Ville, capable selon elle de relancer une vraie dynamique. 

Quelle est votre analyse de la situation de ces pôles de centralité et points d'équilibre que sont les villes moyennes, souvent décrite comme difficile ?

La réalité est là : les villes moyennes vivent d'importantes difficultés après les non moins impor- tantes baisses de dotations qui les ont affectées, en particulier depuis 2014. Elles ont longtemps eu pour crainte de voir l'Etat ne se préoccuper que des grandes métropoles déjà attractives pour attirer emplois, investissements, services publics. Cette situation ne pouvait perdurer au risque de les enfoncer encore davantage et de consolider le sentiment d'une France à deux vitesses. Mais les choses ont bougé, notamment grâce à notre action, au profit d'un rééquilibrage très attendu et bienvenu.

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A l'annonce du plan Action cœur de ville, vous avez évoqué « une avancée historique ». Quel est l'enjeu ?

Le dernier plan décidé par l'Etat à destination des villes moyennes remonte au début des années 70 sous le ministre Olivier Guichard. Cela fait donc 40 ans qu'elles n'ont pas bénéficié d'actions dédiées de la part des pouvoirs publics. L'intérêt du plan Action cœur de ville que nous avons coconstruit avec le ministre de la Cohésion des territoires est qu'il est transversal, mais également agile puisqu'issu de la volonté du maire qui en propose les projets et va les mettre en œuvre.

Action coeur de ville concerne le commerce de centre-ville avec la Caisse des Dépôts, mais pas que, l'habitat avec Action Logement et l'Anah, les mobilités et l'accessibilité, l'environnement, l'aménagement des villes...

Le commerce n'y a-t-il pas une place de second rang ?

C'est un programme de 5 mds€ qui est un tout, global et transversal. Par exemple, les récentes Assises du cœur de ville qui se sont tenues à Beauvais le 12 novembre ont été l'occasion de recentrer les aides sur les commerces de centre-ville par rapport à la périphérie. C'est un point important du programme. Certes, des choix ont pu être un peu exagérés en termes de développement hors des villes - qu'elles payent aujourd'hui, mais les habitudes des consommateurs sont en train d'évoluer, ils veulent de la proximité, des relations humaines, plus de dialogue et de convivialité.

Il faut profiter de cette évolution. Mais au-delà des grandes surfaces, Internet et le e-commerce ont aussi pu pénaliser le centre-ville. C'est cette évolution qu'il faut accompagner pour aider les commerçants à la fois à se moderniser et à tenir leur place dans les cœurs de ville.

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Action cœur de ville suffira-t-il ?

Sans ce programme, nous aurions plus de difficulté à moderniser nos villes qui sont des villes d’avenir ! Les 222 villes retenues vont sortir de nouveaux projets et d'actions qui, faute d'argent public, ont été remisées. Les élus ont une très belle opportunité de relancer une nouvelle dynamique.

Recueilli par Luc Maréchal

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