Centenaires- Le secret de Rabot-Dutilleul : gouvernance et valeurs

Rabot-Dutilleul va décoller dans les années 20 grâce à la rupture technologique d'alors, le béton armé Rabot-Dutilleul va décoller dans les années 20 grâce à la rupture technologique d'alors, le béton armé

Centenaire cette année, tout comme René Dutilleul, son ancien patron, Rabot Dutilleul a su garder une grande souplesse stratégique grâce à une gouvernance mature et une approche long termiste.

 

Barthémy Dutilleul fonde l'entreprise éponyme deux ans après la fin de la « der des ders », en 1920, avec son associé Henri Rabot. Les deux hommes vont profiter d'une technologie de rupture qui vient de voir le jour, le béton armé. Un atout formidable pour opérer la reconstruction du pays, à commencer par les bâtiments industriels et agricoles, offrant de plus grandes portées sans poteau, et des bâtiments plus hauts. C'est ainsi que Rabot-Dutilleul sera associé au développement de nombreuses coopératives. La seconde guerre mondiale met le groupe au ralenti, et le pousse à s'implanter à Blois, sous la zone occupée. La dernière grande crise traversée par le groupe de construction est celle qui suivit la faillite de Lehman Brothers en 2008, impactante pour la filiale de promotion Nacarat. « J'ai appris ce qu'était un crashtest : il a fallu remodéliser le business plan avec des hypothèses très dégradées », raconte l'actuel dirigeant François Dutilleul, représentant la 4e génération. A l'époque, les actionnaires familiaux font le choix très audacieux de conserver l'offre commerciale de logements quand tous les majors annulaient au contraire les promesses d'acquisition de foncier, et dont beaucoup fermaient leur direction régionale. Aussi quand les ventes repartent, dopées par le dispositif Scellier (défiscalisation de 25%), Nacarat rafle la mise, tandis que les promoteurs nationaux, privés de produits, se retrouvent fort dépourvus... L'anecdote n'en est pas une. Elle révèle des capacités de décision rapides et courtes, une vision et une solidité financière. Mais pas seulement. « Nous avons des instances de gouvernance très établies, très matures, qui impliquent depuis très longtemps les actionnaires familiaux de l'entreprise mais aussi des administrateurs extérieurs indépendants, dont d'anciens chefs d'entreprises dans des métiers parfois différents, parfois complémentaires, qui apportent en richesse de points de vue », souligne François Dutilleul. Le groupe (702 M€, 1300 salariés) est aussi très soucieux d'associer son personnel. 350 salariés sont déjà au capital pour 10% des parts. Et les 50 principaux cadres de Rabot-Dutilleul se rencontrent plusieurs fois par an dans le « séminaire du top 50 » pour participer à la réflexion stratégique.

La crise d'aujourd'hui suppose une nouvelle résilience. « Je peux témoigner qu'il y a une vraie cohésion, une mobilisation avec les actionnaires pendant toute cette période, qui a resserré les liens et augmenté le degré d'implication. Etre une entreprise familiale nous permet d'avoir une vision plus long terme, et d'être moins en surréaction sur le contexte de court terme », analyse François Dutilleul, qui se dit aussi très inspiré par les valeurs du CJD, dont le concept de « performance globale » jadis fonda ce qui est devenu la RSE. Mieux, la situation actuelle est pour lui « un accélérateur de transformations, qui offre un potentiel considérable pour nous entrepreneurs ». Le patron de Rabot-Dutilleul revendique aussi une vision du monde VUCA, comprendre (traduction de l'anglais) volatile, incertain, complexe et ambigu, avec des cycles de changements de plus en plus courts qui supposent de « faire preuve de toute la capacité d'adaptation » pour y faire face.

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