Club Experts: Ouvrir son capital, perte de souveraineté ou levier de croissance ?

[caption id="attachment_35494" align="alignleft" width="401"]club experts De gauche a? droite : Jean-Pierre Nuns, (Bore?al Finance), Mathieu Tarnus (Sarbacane Software), Herve? Allard (Trenois-Decamps), Olivier Ducuing (ECO121) et Pascal Lefort, directeur du de?veloppement du po?le Entre- prises, Institutionnels et Territoires de la Caisse d'Epargne Hauts-de-France.[/caption]

Parvenu a? un certain stade de de?veloppement, faut-il ouvrir le capital de son entreprise ou continuer l'aventure en solo ? Pour beaucoup d'experts, la question ne se pose me?me plus. "Avec la ne?cessaire atteinte de la taille critique et l’e?mergence de nouveaux mode?les e?conomiques, on va priviligier la croissance a? la rentabilite? imme?diate. Ce qui veut dire : moins ou pas de cash flow et par conse?quent difficulte? ou incapacite? a? lever de la dette. Ce qui ame?ne un besoin en fonds propres pour financer sa croissance. De l'autre co?te?, nous avons suffisamment de capitaux en re?gion pour la demande des entreprises re?gionales", rele?ve Jean-Pierre Nuns, dirigeant de Bore?al Finance et pre?sident d'Aparte?, association qui promeut la transmission d'entreprises. D'ailleurs, le recours au financement en fonds propres explose en re?gion. En 2016, les montants investis par les capital investisseurs s'e?levaient a? 198 M€ contre 72 M€ en 2013, selon l'AFIC. Encore ces chiffres n'incluent-ils pas les fonds nationaux ou internationaux (comme la leve?e de fonds d'OVH a? 267 M€). La Caisse d'Epargne Hauts-de-France s'est elle-me?me positionne?e sur ce segment d'activite? sur un outil a? vocation re?gionale pour des tickets d'investissements infe?rieurs a? 2M€.

 

 

Sarbacane Software vient de sauter le pas. En juin dernier, le spe?cialiste de l'emailing (80 salarie?s pour 10M€ de chiffre d'affaires), base? a? Hem, a accueilli dans son capital le fonds Ardian. En 2013, Mathieu Tarnus avait rachete? cette entite? cre?e?e au sein du groupe Goto Software fonde? par son pe?re, via un LBO assorti d’un endettement e?tale? sur 7 ans. "Depuis le rachat voila?
4 ans, plus de 80% du re?sultat de l’entreprise passe chaque anne?e dans le remboursement de la dette, paralysant notre capacite? a? autofinancer nos projets de de?veloppement. a co?te? de cela, nous faisons face a? de plus en plus d’entreprises de notre secteur misant sur la croissance au de?triment de la rentabilite? et se financ?ant outrageusement par le capital investissement", te?moigne le jeune chef d'entreprise. Afin d’acce?le?rer le de?sendettement de son groupe et financer son de?veloppement a? l'international, il a choisi d'ouvrir son capital a? Ardian pour 15% du capital. Un mariage conclu en trois mois -la famille Tarnus connaissait de?ja? les e?quipes d'Ardian- lui permettant de jouer a? armes e?gales avec ses concurrents.

 

 

La carte de l’inde?pendance
D'autres entreprises jouent la carte de l'inde?pendance. En 1992, Herve? Allard et son fre?re Franc?ois rachetaient a? leur pe?re Trenois- Decamps. L'entreprise de quincaillerie employait alors 37 personnes. "Nous ne sommes pas alle?s voir un fonds de capital- de?veloppement mais des banquiers pour emprunter 95% des fonds. Nos cinq premie?res anne?es, nous avons travaille? comme des dingues en nous disant : "Il faut qu'on se de?sendette!" Pari gagnant, puisque depuis, Trenois-Decamps (600 salarie?s, 165 M€ de ventes) a de?ploye? 50 agences sur tout le territoire national. Sa strate?gie de de?veloppement a privile?gie? l'implantation d'agences commerciales finance?es en fonds propres a? la croissance externe. Mais aussi une politique d'alliance avec un confre?re rouennais, Setin, avec qui les deux fre?res ont lance? trois co-entreprises. "Notre proble?me n'a jamais e?te? le financement, parce que notre niveau d'EBITDA a permis largement d'autofinancer notre de?veloppement", affirme Herve? Allard. En cas de rachat, le recours a? l'emprunt reste toujours de mise. "On ame?ne 50% et nous demandons a? nos partenaires les autres 50%".

 

 

 

clube expertsvued'ensembleEquation croissance- rentabilite?

Pour autant, l'ouverture du capital devient une option de plus en plus utilise?e par de nombreux dirigeants. Reste a? re?ussir l'ope?ration."Pour que le "fit" passe entre les investisseurs et l'actionnaire dirigeant, il faut que les inte?re?ts soient aligne?s et e?tre en phase sur la qualite? de l'e?quipe. L'ouverture du capital est une approche tre?s qualitative. Il faut une e?quipe de qualite?, un dirigeant avec une strate?gie de de?veloppement, un projet de qualite? c'est a? dire une e?quation croissance- rentabilite? perc?ue comme efficiente", conseille Jean-Pierre Nuns. Car les investisseurs souhaitent en moyenne doubler leur mise en cinq ans, le prix du risque pris. Les professionnels utilisent plusieurs me?thodes de valorisation des entreprises. Celle des multiples de?finit un indicateur de rentabilite? a? partir de l'exce?dent brut d'exploitation. Mais la nouvelle e?conomie s'affranchit parfois de ces mode?les en se fondant sur le seul potentiel de croissance. Exemple : Snapchat re?alise 404,5 M$ de ventes, pour une perte en 2016 de... 514,6 M$. Et sa valorisation atteint pourtant 24 mds$ ! Au dela? de la fiabilite? du projet, les affinite?s joueront e?galement un grand ro?le. "un fonds veut avant tout investir dans une entreprise qui conduit un projet clair avec un me?tier et dont le dirigeant incarne fortement une histoire. C'est une rencontre ou? on sent si le porteur de projet a l'oeil qui brille, a envie, mai?trise son me?tier et donne envie de le suivre", te?moigne Herve? Allard, qui pratique cette activite? comme administrateur du fonds GEI (tickets de 5 a? 10 M€).

 

 

Quel montage financier ide?al ?
"Il n'y pas de re?gle ge?ne?rale. C'est du cas par cas. Nous mettons a? disposition tous les outils permettant d'aller chercher le meilleur montage et d'e?viter une dilution qui n'est pas indispensable. Nous ne sommes pas oblige?s d'aller chercher de l'action a? 100% : l'esprit est d'optimiser pour permettre le de?veloppement dans des conditions sereines", note Pascal Lefort, directeur du de?veloppement du Po?le Entreprises, Institutionnels et Territoires de la Caisse d'Epargne Hauts-de-France.

 

 

«Voir de vrais spe?cialistes»
Attention au contrat de mariage avec l'investisseur : la re?daction d'un pacte d'associe? est un passage oblige? pour de?samorcer les conflits potentiels. "Il va sceller tout un tas de choses exte?rieures aux statuts de l'entreprise et qui pre?valent sur eux. Le rapport de force est tre?s de?pendant de la relation avec l'investisseur. Celui qui voit bien que l'entreprise est en recherche de fonds, et de?pendante de ce financement, va inse?rer pas mal de choses dans ce pacte. Vous pouvez avoir 75% de votre entreprise et pourtant ne me?me plus pouvoir de?cider d'un investissement de 50K€", pre?vient Mathieu Tarnus. Le pacte de?finit aussi les re?gles de sortie et de se?paration. "Les pactes re?glent souvent les cas ou? c?a va bien. Par contre, on ne pre?voit rien pour les cas ou? c?a ne va pas. on est donc dans une espe?ce de vide juridique. Il faut aller voir des vrais spe?cialistes pour pre?voir les cas ou? c?a se passe mal et pre?voir des re?gles de sortie ou de se?paration", conseille Jean-Pierre Nuns

 

E.V.

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