“Nous avons besoin du monde économique !”

A moins d’un an des municipales, fragilisé par des procédures judiciaires -interview réalisée quelques jours avant une garde à vue le 2 juillet, le président de la MEL Damien Castelain, qui se dit "un homme blessé", revient pour Eco121 sur ses 5 premières années de mandat. Il admet que les projets, notamment en terme de mobilité, ont beaucoup tardé, le temps long étant une donnée incontournable de l’action publique aujourd’hui, alors que la MEL devait adopter son schéma d’infrastructures de transports fin juin. Il estime avoir assaini en profondeur les finances pour permettre de nouvelles ambitions en terme de développement et d’attractivité pour lesquelles il souhaite l’appui de la communauté économique. Tour d’horizon.

 

On arrive bientôt en fin de mandat. Quelle est votre analyse sur ces cinq dernières années ?

Dans le cadre d’un exécutif partagé avec les différents groupes politiques, nous avons rempli la feuille de programme du groupe MPC. Avec une contrainte importante, les 52 mètres du métro (doublement des rames) qu’il fallait assumer financièrement, soit près de la moitié de la capacité d’investissement du mandat pris par un seul projet décidé collégialement. Nous avions deux axes forts, que nous avons tenus : le premier, aucune hausse de fiscalité, quelle qu’elle soit, c’est une première dans toute l’histoire de la métropole. C’est d’autant plus remarquable que sur l’ensemble du mandat nous avons perdu 330 M€ de dotations de l’Etat. Le second engagement portait sur un désendettement majeur, malgré ces investissements. De fait, la dette est passée de 1,8 Md à 1,4 Md€ durant cette période. Nous avions annoncé très clairement que nous assumions les grands projets mais qu’on se mettait en capacité de désendettement pour financer les projets que nous avions décidés dans ce mandat. Il ne faut pas se leurrer : on devra à un moment donné réemprunter pour financer, notamment le SDIT(schéma directeur des infrastructures de transport).

Vous voulez dire que vous avez assaini les finances et que vous donnez au prochain exécutif les moyens d’engager de nouveaux projets ?

C’est pour cela que j’ai toujours dit qu’il faut au moins deux mandats à la Métropole : un pour les fondations et un autre pour les constructions. Les grands projets du prochain mandat seront ceux votés sous ma mandature, la piscine olympique, le SDIT, les grands projets d’aménagement, etc. On ne sort pas un grand stade ou un projet de métro comme cela dans tous les mandats! D’autant que nous avions une contrainte forte, le manque de PLU. On a dû mettre les bases.

Concernant le doublement des rames de métro, voit-on le bout du tunnel de votre conflit avec Alstom ?

C’est un des plus gros investissements de la MEL, soit 660 M€. Et oui, nous sommes parvenus à un accord. Nous avons désormais des chiffres et une date. Au terme d’une longue médiation, nous avons établi un accord transactionnel, qui permet à la fois d’achever le projet en avril 2023, ce qui n’est évidemment pas satisfaisant puisque nous devions l’inaugurer pour l’Euro 2016, mais aussi des indemnités en cash (23 M€), en prestations de maintenance (20M€) et 10 M€ de pénalités sur le planning d’achèvement du projet ainsi qu’un intéressement à la commercialisation du nouveau pilote automatique, jusqu’à 15 M€.

La MEL traînait une énorme dette toxique depuis des années. Où en est-elle ?

Oui, nous avions encore 36% de dettes toxiques sur 1,8 Md€ de dettes à notre arrivée. Il ne nous reste plus qu’un seul emprunt RBS à 3,5 M€ que nous n’avons pas réussi à lever, on a perdu en procès. Aujourd'hui 82% de nos emprunts sont en taux fixes sur les derniers taux connus. On se redonne du souffle pour financer tous les projets votés durant ce mandat. Mais cela ne prendra pas que 5 ans...

L’une de vos priorités en arrivant était la thrombose routière. Mais rien ne se passe et le projet de tramway que vous vouliez vers Lesquin est abandonné...

Dans ce mandat il fallait poser des fondations fortes : SCOT et PLU. Dans le premier, et je le dis très clairement, les élus n’ont pas travaillé la partie transport. Cette erreur, nous la rectifions à travers ce SDIT. J’ai toujours dit que c’était de la folie de faire un tramway uniquement vers l’aéroport. En revanche, j’ai toujours dit aussi que je ne créerai pas une zone d’activité sans infrastructure de transports. Force est de constater que lorsque vous lancez un projet, il évolue au fil du temps. Nous avons les champs captants, l’inconnue et l’incertitude de la CCI sur Lil’aéroparc, et la volonté du maire de Lille, dans un premier temps, de ne pas avoir de tramway et, dans un deuxième temps, de ne pas le voir passer en centre-ville. J'ai décidé de maintenir la décision du SCOT avec une liaison de bus depuis le centre- ville de Lille jusque l’aéroport. Qui aurait pu imaginer ces problématiques de champs captants ?

Comment jugez-vous ces restrictions ?

Est-ce un excès de précaution ? Dans tous les cas, je suis aussi le président d’une collectivité de 1,2 million d’habitants pour qui et la ressource en eau est fondamentale. C’est notre devoir et notre responsabilité que d’assurer la protection des champs captants.

Pourtant, l’urgence est là...

Ce sont tous ces temps qu’on peut réduire lorsqu’il y a un consensus global. Quand on veut l’Agence européenne du Médicament, on a tous les permis de construire et les changements en trois mois et le batiment est livré en deux ans. Ce doit être un exemple pour les autres projets metropolitains. Quand il y a volonté politique, volonté de l’Etat, alors les grands projets sortent. Le rôle d’un élu est de se battre pour réduire les temps d’études, notamment pour le SDIT.

Et vous comptez y parvenir comment ?

Après le vote du SDIT, je m’engage à des premières délibérations effectives dès notre conseil d’octobre. On ne perd plus de temps ! J’avance et je travaillerai pour la Métropole jusqu'au dernier jour. C’était le cas pour le tramway qui devait passer en délibération en decembre mais qui est passé à la trappe... Le tramway Lille-Lesquin est un projet que j’ai défendu jusqu’au bout. Mais en un an, nous avons eu l’autorité environnementale, Lil’aéroparc dont les terrains sont désormais déclassés, non constructibles. Pour qu’ils le redeviennent, la CCI devra déposer un projet répondant à toutes les conditions environnementales. On ne peut pas construire une infrastructure aeroportuaire ailleurs qu’à côté d’un aéroport. Rêver d’une autre cité tertiaire sans lien avec l’aéroport, je vous le dis de suite, c’est non !

Mais ce sont des obstacles importants sur des zones de grand developpement potentiel...

Rappelez vous que le nouveau PLU, qui sera voté en décembre prochain, offre 850 ha disponibles pour l’économie. C’est quelques hectares de plus que Lyon ! Mais il faut aussi faire vivre notre parc actuel. J’ai fait voter une politique de 20 M€ par an pour animer nos parcs d’activités déjà existants. Cela ne sert à rien de construire sur des zones agricoles alors que nos zones se vident.

Certains oublient aussi que c’est bien sous mon impulsion, au cours de ce mandat, que la fibre se généralise sur la Métropole ! En matière de foncier, on a divisé par deux les emprises agricoles par rapport au PLU précédent. Les hectares, on les a. Y a-t-il un projet économique sur lequel la MEL n’a pas répondu favorablement ? La réponse est non. Une entreprise qui veut s’implanter sur la Metropole aura tous nos services en action pour recevoir une réponse la plus rapide.

Que pensez-vous du projet de transports suspendu Supraways ?

Nous les avons reçus car nous sommes très attentifs à tout ce qui apporte de l’innovation. Dans le SDIT, nous avons prévu un tronçon entre Five et Saint-Sauveur en expérimentation. Mais c’est un defis. Il faut que le téléphérique soit capable d’absorber le trafic à la hauteur d’une métropole. Si c’est pour monter dans une cabine de 20 personnes et laisser passer 9 cabines car 200 personnes attendent sur le quai, ce n’est pas jouable ! Ca fait rêver tout le monde mais lorsqu’il faut assurer la mobilité de milliers de personnes à 8h10, comment fait-on ? Entre innovation et responsabilité, plutôt miser sur le developpement de tramway et d’infrastructures lourdes capables sur ces axes de densité de transporter les habitants. Mais nous ne sommes pas fermés à l’idée d’y réfléchir sur des tronçons pertinents.

Le péage positif que vous portiez a lui aussi rencontré pas mal d’obstacles de la CNIL. Où en est-on ?

Le projet n’est pas arrêté, on se bat toujours. Pour nous, ça reste une incompré- hension. On a les financements, les portiques et le dossier validé dans le Pact Etat-Métropoles et on n’y arrive pas ! On s’aperçoit qu’on ne peut pas innover dans ce pays ! J’ai été reçu par nos amis Bruxellois qui se moquent de nous ! Ils ont 400 caméras qui leur permettent d’identifier les véhicules en infraction en terme de zones de circulation restreinte. On est à 1h de Rotterdam, de Bruxelles et nous en sommes encore à coller des vignettes de couleur sur nos pare-brises. Je regrette ces blocages administratifs de l’Etat devant les projets innovants et l’absence de soutien du gouvernement sur ce projet dans la LOM.

Ne manquez-vous pas de poids politique pour porter ces sujets au plan national ?

C’est un peu facile. La loi sur le cumul est là aussi. Pierre Mauroy était sénateur. Je suis ni parlementaire ni à la Région. C’est plus simple de porter des dossiers lorsque vous êtes parlementaire. On peut aussi me reprocher de ne pas avoir les réseaux mais moi aussi je regrette que la connaissance géographique de nombreux ministres se résume à Roubaix – Tourcoing, oubliant le reste de la métropole. Ce n’est pas une attaque frontale, c’est juste un constat.

La qualité de l’air à Lille est devenue un sujet très sensible. La MEL a-t-elle un rôle à jouer ?

Le SDIT est une première réponse avec, entre autres, le plan lancé sur la multiplication des bornes électriques et les zones de circulation restreintes. Quand on voit que New-York vient de voter le tout électrique dans moins de cinq ans, le même jour qu’Oslo qui délibérait sur un hyper-centre sans voiture, on voit le chemin qu’il reste à parcourir. Nous délibérerons sur la mise en place de zones de faible émission (ZFE) sur la métropole. Beau et vaste sujet puisque vous dites aux gens qui ont des voitures en vignettes 4 et 5 qu’ils ne pourront plus rentrer dans la métropole en pic de pollution et dans un second temps de manière globale. Il faut aider bien évidemment les concitoyens les plus fragiles. On travaille et nous avons encore des solutions et des politiques globales à aménager et donc des financements.

Le mouvement des gilets jaunes a été vu comme la rupture entre la France des métropoles et la France périphérique. Vous sentez-vous concerné ?

C'est toute la politique d'ouverture de la MEL sur les autres territoires avec mon vice-président Alain Bernard. Nous sommes totalement conscients que c'est l'Arrageois, le Valenciennois, Dunkerque, Saint-Omer... qui viennent travailler dans la métropole. Nous en sommes à 5 ou 6 coopérations avec les agglos voisines, qui ne sont pas qu'une signature. Ainsi, si Saint-Omer, qui compte 2000 navetteurs quotidiens, crée un pôle d'échange, alors nous viendrons le co-financer. La problématique de la thrombose nous concerne tous. On mène cette politique en culture, en tourisme, dans le domaine économique : Euratechnologies va ainsi essaimer sur les autres territoires. Et ça marche. Quand on voit que le groupe Auchan envoie désormais toute sa logistique à Dunkerque par rapport à Anvers ou Rotterdam, ce sont de vraies réussites. Nous sommes prêts à investir à Dunkerque. Je n'ai pas besoin ici de centaines de milliers de m2 de logistique. Des bonnes liaisons entre les territoires, c'est fondamental ; alors j’attends que le réseau express Grand Lille arrive très vite et puisse s'interconnecter avec les projets du SDIT que nous allons mettre en œuvre.

Les métropoles européennes sont clairement concurrentes. Comment regagner en attractivité ?

C'était un sujet de ce mandat. Nous avons lancé une large concertation avec le monde économique, touristique. Nous avions besoin de grands événements, d'une marque, d'une agence d'attractivité. Nous avons lancé HelloLille, nous avons l'agence d'attractivité, dont nous recrutons le directeur, nous avons eu de grands évenements. On postule à tout, ça motive les troupes. Tout le monde nous voyait perdant pour la capitale mondiale du design, on l'a eue. Nous venons d’être finaliste sur la capitale verte. On avance, on ne peut pas tout faire en trois ans.

A Lyon, la marque OnlyLyon est relayée par les entreprises. Ce mouvement est-il engagé chez nous ? Et peuvent-elles porter deux marques, celle de la MEL et celle de la Région ?

C'est toute la complexité des marques territoriales. Vous n'avez pas de marque regionale en Rhône-Alpes... Les gens doivent prioritairement identifier la ville. Avec HelloLille, on construit la marque, avec nos ambassadeurs. La mayonnaise doit prendre. Quand les entreprises vont à l'exterieur, je rêve qu'elles aient le logo HelloLille. Nous avons besoin du monde économique.

Quel sera le rôle de l'agence d'attractivité ?

Développer une marque territoriale, c'est vendre quelque chose. Pas seulement sur des marqueurs importants comme le stade Pierre-Mauroy, Paris-Roubaix, la braderie ou la capitale mondiale du design, mais aussi nos forces : la gastronomie, la biérologie, la convivialité. On doit trouver notre identité, qui passe par une reconnaissance globale. C'est aussi pour ça que j'ai voulu que nous soyons la capitale mondiale de la lutte contre le diabète.

L'attractivité, c'est aussi la future école internationale à Marcq-en-Baroeul. Jouez-vous un rôle ?

Ce n'est pas notre compétence : elle relève de l'Etat et la Région. Mais j'ai donné mon accord à Xavier Bertrand que dans le cadre de l'attractivité de la métropole, je mettrais les moyens : la MEL financera 50% de l'investissement avec la Région (soit 10 M€ sur 20 M€). Reste la discussion sur le fonctionnement. Je ne suis pas fermé à venir aider, selon des clés de répartition à discuter. Derrière, ce sont des cadres qui viennent sur le territoire, des entreprises qui n'ont plus de réticence à venir à Lille.

Lille sera capitale mondiale du design en 2020, autant dire demain. Or l’opération n’est pas encore très visible...

Je l'ai imaginée dès le début comme une exposition universelle, avec 4 ou 5 pavillons, les « maisons POC » (Proofs of concept, ndlr), dans lesquelles toutes nos entreprises, les associations, les pouvoirs publics, pendant un an, pourront montrer leur savoir-faire. Il faut planifier les calendriers, ce n'est pas simple en période électorale... Mais nous en sommes déjà à 500 POC et nous créons des événementiels.

Comme dans toute expo universelle, il y aura le «in» et le «off». Dans le «in», on demande aux entreprises de participer financièrement, de louer le pavillon. Or on a énormément de mal à avoir du sponsoring privé pour l'instant. Les entreprises veulent une visibilité, à la meilleure date, à l'ouverture ou la clôture... Il faut éviter d'avoir un « off » où les entreprises montreront leurs POC dans leur propre structure, alors que nous avons gagné l'operation, que nous avons des frais de structure. Il faut faire sauter les verrous.

Restera-t-il quelque chose après 2020 ?

Bien sûr, l'objectif est que tous ces POC ne soient pas que des démonstrateurs, mais qu'ils soient fabriqués et développés à Lille, qu'ils créent des emplois.

La métropole, c'est aussi le berceau de la distribution, qui vit une énorme mutation. Or la densité commerciale est déjà très élevée et de nouveaux projets comme Lillenium apparaissent.

Craignez-vous des friches commerciales demain ?

C'est une préoccupation de la métropole. On a combattu pendant 10-20 ans dans la problématique des friches industrielles. Nul doute qu'à un moment donné, nous serons confrontés à des friches commerciales. Lillenium n'est pas un projet metropolitain. La MEL peut jouer un rôle important quand elle est partie prenante di- rectement. Peu de gens savent que V2 appartient à la MEL et qu'Auchan est locataire. Quand ils ont le projet d'enlever le 2e étage et d'y mettre du retail, c'est nous qui décidons, avec le maire. Mais quand ce sont des terrains privés, que la mairie donne son feu vert, qu'elle crée un nou- veau cinéma, on ne peut rien faire. Le schéma d'aménagement commercial est un élément important du futur PLU, il n'y en avait pas. Car oui, bien sûr, nous devons être attentifs.

La MEL déménage début 2020 dans l'immeuble Biotope. On a parlé d’un important surcoût. Qu'en est-il ?

Non, le Biotope est avant tout une opportunité économique consécutive à l'abandon de l'Agence européenne du Medicament. Nous avons décidé de basculer notre projet de restructuration vers le Biotope, car c'était un gros challenge de construire une tour sur notre site actuel tout en poursuivant notre activité. La polémique est venue car dans la mission d’évaluation nous avons réintégré aux 51 M€ du coût du bâtiment les 33 M€ de coûts de fonctionnement et de déménagement. Ce même chiffre aurait existé aussi dans la construction d'une nouvelle tour ou la rénovation du siège actuel. Il n'y a aucun surcoût par rapport au coût initial ! On va économiser sur les 18 ans de location 62 M€. Alors, à un an des municipales, les polémiques...

Mais le Biotope est trop petit pour accueillir vos services. Qu'avez- vous prévu ?

C'était prévu initialement, dans la ZAC actuelle. On l'appellera MEL2, qui nous appartiendra. Et nous avons par ailleurs prévu, en déviant une bretelle, de récupérer du terrain dans une deuxième phase, avec une nouvelle concession, qui permettra de vendre 17 000 m2 supplementaires et de venir encore améliorer le bilan global de l'opération. On a vendu le terrain là bas à 33 M€, on a vendu le terrain du siège 95 M€ et il nous reste toute la réserve du champ libre derrière, estimé à 20-25 M€. On fait une bonne opération.

Que devient votre siège actuel ?

Le recours de Martine Aubry contre votre choix est plutôt surprenant... Nous avons lancé un appel à projet sur une vente foncière sur une base de 87 000 m2 de SDP, nous avons eu quatre candidatures. Le choix du projet a été fait fin novembre, et j'ai signé la semaine dernière (interview réalisée le 21 juin, ndlr) l'acte de vente à BNP Real Estate et Vinci Immobilier. En parfaite transparence avec Martine Aubry, qui va maintenant recevoir le groupe lauréat. Elle défend les intérêts de sa ville comme moi ceux de la métropole. Nous vendons 20 M€ de plus que ce que prévoyait la MIE, plus 10 M€ d'intéressement. De son côté, Martine Aubry veut un projet conforme à ce que souhaite la ville de Lille et des garanties par rapport à ce qu'elle a entendu aux auditions. C'est normal. Elle aura toute la puissance de la MEL pour lui garantir le projet qu'elle souhaite.

Le nouveau projet ne comprend plus la tour initialement envisagée ?

Oui, mais pas de la faute de la MEL ou de la ville de Lille. J'entends le monde économique et les urbanistes dire qu'il manque un IGH (immeuble de grande hauteur) à Lille. Mais quand on lance un projet qui le leur permettrait, aucun des candidats n'a remis une offre en ce sens.

La MEL s'élargit à 95 communes. Cette densité n'est-elle pas un obstacle à porter des ambitions de grande métropole européenne ?

La particularité de la métropole lilloise est en effet ce nombre élevé de communes quand d’autres en ont 30 ou moins, et que la ville-centre y pèse 50 ou 60% de la population contre 16% ici. On a un défi de gouvernance, il y aura 190 conseillers communautaires avec une majorité de 95 au prochain mandat. Cela engendre une pratique d'accords entre groupes car aucun groupe ne sera majoritaire au prochain mandat, sauf tsunami politique.

Le fait de ne pas être partisan est-il un avantage ?

Ce qui nous distingue c’est que nous travaillons pour l'intérêt général hors de tout partie. Mais rappelons-nous que l'élection communautaire est toujours une élection au second degré. Voyons d'abord ce qui se passe aux municipales ! Pour ce qui concerne mon groupe Passion Commune, ceux qui partent sous nos couleurs les déclineront dans leur commune, comme en 2014. Il y aura des villes où nous n'aurons pas de candidats comme Lille, Tourcoing ou Villeneuve d’Ascq. La politique, c'est de l'arithmétique, et pour l'instant, elle nous est favorable.

Il y a l'arithmétique, mais aussi les procédures judiciaires, les articles de presse à répétition...Tout cela ne fragilise-t-il pas votre position ?

C'est l'objectif de certains, justement pour contrer l'arithmétique démocratique. On utilise d'autres moyens pour me déstabiliser. Bien sûr que je suis un homme blessé. J'ai une famille, une compagne, toutes ces attaques sont compliquées, quand vous vivez des perquisitions, des attaques personnelles... On vient me reprocher un acte de favoritisme parce que je recrute quelqu'un qui habite Péronne-en-Mélantois... Je suis convoqué début juillet, je répondrai à toutes ces questions. Mais quand on doit se concentrer sur les projets et que votre esprit est pris par tous ces événements, c'est compliqué... Mais j'ai un groupe, des amis, une famille qui permettent d'être solide pour affronter cette tempête.

Receuilli par Olivier Ducuing et Julie Kiavué

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