Jean-Pierre Letartre, président du Comité Grand Lille « La Métropole est à l’arrêt »

 Jean-Pierre Letartre a fait de l’attractivité un thème récurrent du Comité Grand Lille qu’il préside depuis deux ans.

« Le développement économique d’une région, d’une métropole, c’est une compétition internationale. Pour la gagner, il faut des Hommes pour la mener et des moyens ajustés. Or, la métropole de Lille est à l’arrêt depuis plusieurs années. D’autres ont été plus vite et plus fort que nous ; ils ont pris une longueur d’avance. On a un produit en concurrence, à l’échelle nationale et européenne et Lille a perdu en relatif. On n’a pas gagné de places ; on a plutôt reculé. Alors que notre richesse entrepreneuriale, notre proximité avec la Belgique et Paris, notre accès fantastique à la mer et nos outils (EuraTechnologies, Santé...) forment des atouts exceptionnels. A l’instar de la parabole des Talents, nous ne les optimisons pas assez. Je ne crois pas en un sauveur, même si les choses seraient plus faciles si l’on avait un « super vendeur ». Aujourd’hui, on ne peut plus attendre ; il faut que l’on avance : un vrai marketing territorial et des équipes qui poussent. Développons également notre capacité d’accueil des dirigeants et de leur famille (logement, écoles internationales...). C’est un sujet à ne pas négliger ».

 

 

Notre influence à Bruxelles ? "5/20 !"

 

Comparativement à bien d'autres régions ou métropoles européennes mais aussi françaises, notre influence à Bruxelles, où se bâtissent les politiques européennes, paraît nettement insuffisante. 

 

Le Comité Grand Lille planchait ces dernières semaines sur le thème de l'influence auprès des instances européennes, au rôle devenu essentiel à travers leur périmètre de compétences.  «N'ayons pas peur du lobbying, ce n'est pas avec des prestations avec des slides qu'on est influent, c'est avec des soirées, des rencontres, soyez pragmatiques ! », relevait son président Jean-Pierre Letartre.

La présence de la région à Bruxelles ?« Je suis élu député européen depuis 10 ans, il y a eu régression de la Région et de la métropole dans leur influence auprès des institutions européennes », tacle le PS gilles Pargneaux, pointant la nécessité d'organiser notre territoire, à 35 minutes de train de la capitale européenne, pour pouvoir réellement influer sur les politiques menées. Commentaire purement politicien ?

Le journaliste lillois Hughes Beaudouin, qui a travaillé 15 ans à Bruxelles et anime aujourd'hui l'émission « la faute à l'Europe ? » sur France Info, est lui aussi très sévère.« Etre bon à Bruxelles ne suffit pas car il y a une concurrence énorme entre Etats et régions. Il faut être meilleur ! » les Italiens sont selon lui très forts pour « faire communauté ». Quelle que soit leur fonction à Bruxelles, lobbyiste, journaliste, attaché parlementaire, eurocrate, « tu es avant tout Romain ou Piémontais », et dans la durée. « En France et dans le Nord notamment, on se trompe, l'influence n'est pas un truc de coups. Ca peut marcher sur certaines opérations comme les corridors maritimes, avec la mobilisation des élus. Mais ce qui fonctionne vraiment, c'est le long terme, il faut être visible, se positionner. Quand tu es dans le paysage, tu es repéré, c'est là que tu es influent ». Notre confrère est alarmé du fait que personne ne sait ici combien de « Cht'is » travaillent à Bruxelles, quand toutes les grandes régions et métropoles européennes en font une arme. « La proximité peut être un piège. On se dit le jour où on a un dossier important qu'on va venir à 15 ou 20 et que ça marchera. Mais non !»

Que penser de nos représentations régionale et métropolitaine à Bruxelles ? « Elles sont faites essentiellement dans un esprit de veille d'information. Leurs comptes tweeter ne donnent pas d'information mais retweetent seulement ce qui vient d'ailleurs. » Alors que dans le même temps des Renaud Muselier (PAcA), ou des Hervé Morin (Normandie) viennent faire leur promotion et celle de leurs territoires très souvent, la présence de nos ténors régionaux est beaucoup plus erratique. Si Hughes Beaudouin devait donner une note de 1 à 20 à notre influence à Bruxelles? « 5 à 7 ! » Peut mieux faire, non ?

O.D

 

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