Numéro #101

Numéro #101 28/05/2020

Edito

Monde d'après ou drôle de guerre* ?

Si en janvier, quelqu'un avait osé un scénario d'assignation à résidence d'une moitié du monde pour cause de pandémie, on l'eut pris pour un parfait déséquilibré, bon à enfermer. Mais de fait c'est bien la moitié de l'humanité qui s'est trouvée enfermée chez elle.

Le même auteur de science fiction saurait-il nous prédire ce que sera demain ? Avec la passion française bien connue pour refaire le monde, des discussions enflammées se sont multipliées pour projeter ce que beaucoup appellent « le monde d'après ». Où domineraient le circuit court, la sobriété, la responsabilité citoyenne, l'investissement socialement responsable, le télétravail, le numérique. Une forme d'utopie sûrement salutaire pour reprendre en main notre destin, repenser des modèles économiques rendus caducs par des distanciations sociales, de nouvelles manières de vivre, de circuler, ne plus voyager ou de manière beaucoup plus marginale. D'autant que l'hyperconsommation de ressources, très largement supérieure à ce que la planète peut produire chaque année, portait en elle les germes d'un déséquilibre intenable. Mais cette réflexion de long terme et l'émergence de

nouveaux modèles plus vertueux ne saurait masquer la deuxième vague en approche, non pas sanitaire mais économique et sociale.
En témoignent le redressement judiciaire de Camaïeu comme le plan de restructuration de Renault ces derniers jours.
Nous quittons peu à peu cette forme de drôle de guerre, dans l'anesthésie réconfortante des dispositifs publics, pour une période beaucoup plus angoissante de défaillances en cascade. Avec en parallèle une contraction énorme des recettes fiscales de nos collectivités – qui assurent en

France 70% de l'investissement public. Après la mise sous respiration artificielle de l'économie française, le réveil post-opératoire promet d'être douloureux. Et nos amortisseurs sociaux, qui contribuent à la fameuse exception française, seront mis à rude épreuve. Autant dire que 2020 et 2021 seront des années d'abord de résistance et de défensive avant que de pouvoir à nouveau reprendre la main. Le sondage que nous publions ce mois-ci montre parfaitement cette dialectique : les chefs d'entreprise entendent à la fois faire face à la tempête et revisiter en parallèle les modèles économiques, sans visibilité aucune. Un sacré défi.

Olivier Ducuing

*La drôle de guerre correspond à la période entre la déclaration de guerre en septembre 1939 et l’invasion allemande en mai 1940.

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Publié le 26/06/2020

Numéro #102

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