Numéro # 110

Numéro # 110 01/04/2021

De la RSE à la “cancel culture”

Le patronat nordiste fut pionnier, comme en bien des domaines, en matière de responsabilité sociale et environnementale. C'est chez nous qu'est né il y a 27 ans le réseau Alliances, porteur de cette conscience aiguë que les valeurs sociales et environnementales ne sont pas contraires à l’économie, mais bien les clés d'une croissance responsable. Avec une approche pragmatique, des échanges de bonnes pratiques et leur valorisation, dans une logique d'émulation collective, mais à la carte. A chaque entreprise sa culture, son histoire, son modèle et ses solutions. Les exemples fourmillent d'initiatives remarquables qui ont permis à notre tissu économique d'offrir un visage attractif, et ce n'est pas un hasard si beaucoup d'entreprises nordistes sont labellisées Great place to work (Cofidis, Electro Dépôt, Nextoo...). Nos ETI planchaient il y a peu sur cette thématique de la RSE et les moyens d'aller encore plus loin.

Plus loin oui, mais pas n'importe comment. Car depuis quelque temps, de nouvelles pratiques souvent importées d'outre-Atlantique transforment cette perspective rationnelle et empirique en une forme de catéchisme voire d'idéologie. Trois illustrations récentes sont édifiantes. En juin 2020, L'Oréal fait le choix de retirer les mots « blanchissants », « blanc » ou « clair » de ses produits. Début 2021, Coca-Cola organise des cours sur la lutte contre le racisme où l'on demande de se comporter en « personne moins blanche », « moins ignorante, moins oppressive, moins arrogante ». Enfin,

le 13 avril, Evian (Danone) lance une campagne sur twitter : « retweetez si vous avez déjà bu un litre d'Evian aujourd'hui ». Immédiatement noyée sous un flux de tweets criant à l'islamophobie (comment oser inciter à boire de l'eau le premier jour du ramadan ?) voire au racisme, la « team Evian » fait acte de contrition le jour même. Ces exemples très médiatiques, auxquels on pourrait adjoindre la déplorable progression de l'illisible écriture inclusive, ne sont que l'écume d'un mouvement de fond inquiétant. Qui peut critiquer le bien-fondé de la lutte contre le racisme, du respect des diversités ethniques, sexuelles ou religieuses, de la place des femmes, du bien-être animal ? Mais au nom de ces bannières incontestables, les nouveaux Torquemada du bien-pensant risquent de dévoyer les avancées concrètes, efficientes et consensuelles. Et de déclencher un rejet très contre-productif, au moment où la planète a plus que jamais besoin de cette alliance de l'économique, du social et de l'environnement. Sans inquisition.

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Publié le 29/06/2021

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