Numéro #94

Numéro #94 27/08/2019

Edito

Triple scandale

Le chômage massif est un scandale. Il l'est intrinsèquement. Comment tolérer qu'une région se satisfasse de près de 11% de sa population active laissée au bord de la route? On sait depuis longtemps les dégâts terribles que cause cette mort sociale sur ceux qu'elle frappe. Avec un impact collectif très fort, dans certains territoires où le curseur du chômage frise les 15%, en Sambre, dans le Calaisis, le bassin de Lens. Il l'est doublement quand chez nos voisins britanniques, allemands ou flamands, le taux de chômage avoisine désormais les 3,5%. Autrement dit, le plein emploi. L'argument selon lequel les petits boulots seraient infamants et rendraient ces pays hautement critiquables pourrait - à l'extrême limite - être entendu si l'écart avec ces pays était faible. Il n'est plus audible venant d'un pays qui s'est installé dans une forme de tolérance passive ou de fatalisme face au chômage de longue durée. Le chômage massif - nous parlons quand même de notre région de 583 000 personnes malgré le recul régulier du nombre de sans emploi, soit -2,9% en un an - est une troisième fois un scandale quand il rencontre face à lui une pénurie tout aussi massive de main d'œuvre. Or nous, média économique, sommes confrontés quasi chaque jour à des dirigeants d'entreprise en crise aiguë pour pourvoir différents postes. Et ce, autant dans les secteurs tertiaire qu'industriel, le bâtiment que le numérique ou l'agroalimentaire. Résoudre cette équation devrait être une cause nationale majeure. La mission Lamblin y travaille dans notre région de façon active, mais encore trop artisanale, depuis un an.

Porter le fer dans la plaie

Eco121 consacre ce numéro à cette question lancinante pour trouver des solutions. Il faut accélérer, porter le fer dans la plaie face à ce cancer autant social qu'économique. Car on oublie trop souvent le cercle vertueux à la clé : la croissance dopée grâce aux salaires et à la fin du goulet d'étranglement des entreprises, l’amélioration immédiate des systèmes de protection sociale allégés d'autant d'allocataires et nourris de davantage de cotisants. Et dans la foulée, une dynamique et une fierté collectives qui permettraient peut-être, qui sait, de réduire aussi la fragmentation d'un pays en voie d'archipélisation et de renforcer un climat de confiance indispensable à la santé économique d'une nation.

Olivier Ducuing

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Publié le 29/10/2019

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