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Publié le 28/08/2020

Numéro #103

Edito

Annus Horribilis

Certes, le pire n'est jamais sûr. Il faut croire en la capacité de l'Homme à se sortir des situations inextricables, comme nous l'avons mis en avant lors de notre dernier numéro (N°102 :« Ces entreprises qui ont survécu à tout »). Mais il faut aussi rester lucides, et rendre compte des signaux qui remontent par tous les canaux : les conséquences économiques, sociales et financières du virus et des mesures de restrictions adoptées partout dans le monde seront très lourdes, quand bien même un vaccin serait développé rapidement. 2020 restera une année épouvantable. 100 millions de personnes auraient déjà basculé dans l'extrême pauvreté dans le monde selon la Banque mondiale. En France, le PIB s'est affaissé, les plans sociaux se multiplient déjà dans les secteurs les plus impactés auxquels vont succéder des cascades de faillites, gelées jusque là par les reports d'échéances, les suspensions de procédures, chômage partiel et autres prêts garantis. Nombre d'experts s'attendent à une fin d'année - plutôt qu'une rentrée - extrêmement difficile.

Discours de dépense

Pour l'heure, les plans de soutien et de relance font pleuvoir les milliards : le plan européen de 750 milliards, le plan Castex à 100 milliards, apporteront une bouffée d'oxygène d'autant plus indispensable que les entreprises ne sont pour rien dans cette crise. La réduction des impôts de production, encore insuffisante, est un excellent signe en leur direction. Ces mesures amortiront sans doute le choc. Mais elles ne règlent en rien nos déséquilibres de fond. La longue inconséquence des gouvernements successifs depuis quarante ans d'avoir laissé filer dette et déficits nous place aujourd'hui dans une équation impossible. Nous avons abordé la crise sanitaire avec une dette proche de 100% du PIB, 40 points de plus que nos voisins allemands !

Or nous poursuivons un discours exclusif de dépenses, au nom de l'argent devenu quasi magique et de l'objectif d'assurer la paix sociale et la confiance des ménages. Ambition très légitime, certes, mais qui ne saurait nous dédouaner de la nécessité de remettre le pays d'équerre, et de questionner l'indépassable modèle social français. Or les recettes fiscales vont plonger, alors même que les défis environnementaux, sociaux et sécuritaires n'ont jamais été si aigus. On ne pourra indéfiniment fuir nos responsabilités collectives.

Olivier Ducuing

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Publié le 28/08/2020

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