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Publié le 26/06/2019

Numéro #93

Edito

L'industrie, priorité impérieuse

Quand en 1998 Toyota pose la première pierre de son usine d'Onnaing, le constructeur nippon annonce 2000 emplois. L'information fait la Une de tous les médias. 20 ans plus tard, l'implantation a généré un ruissellement économique particulièrement bénéfique à son territoire.

Quand en 2018, 2400 emplois industriels disparaissent du tissu régional, de manière diffuse, comme le révèle l'Insee (p.12), cela ne fait plus les gros titres. Mais ce n'est pas moins important : un emploi industriel génère deux à trois emplois de service.

On peut aussi considérer des évolutions de fond qui nuancent cette tendance lourde : l'industrie est de plus en plus capitalistique et automatisée. Et devrait l'être encore plus, compte tenu du retard de robotisation de la France par rapport à l'Allemagne ou l'Italie par exemple. Ensuite, beaucoup de fonctions ont été externalisées vers les services. Aussi le seul critère de l'emploi ne suffit plus à l'analyse.

Qualité de la main d’œuvre et de l’accueil

Il n'empêche. Bouteille à moitié vide : l'industrie manufacturière ne pèse plus que 10% du PIB français contre le double en Allemagne. En région, les nouvelles difficultés de la dentellerie Desseilles, du fabricant de wagons AFR

Titagarh, les hoquets d'Ascoval, les fermetures dans l'imprimerie soulignent les faiblesses de notre secteur secondaire. Bouteille à moitié pleine : c'est aussi sur notre territoire qu'un sous- traitant majeur du secteur du luxe, Superga, implante sa principale usine (p.24), le dirigeant soulignant avec force la qualité de la main d'oeuvre et de l'accueil régional, tandis que les investissements continuent à se déployer dans la bière, la sidérurgie, l'automobile, et l'éolien avec ce projet pharaonique au large de Dunkerque (p.26). Mutation normale, destruction créatrice schumpéterienne ou relégation lente de notre

industrie face aux concurrents du monde entier qui ne s'embarrassent pas de nos législations sociales ou environnementales ? Le sujet doit impérativement être au cœur de nos priorités. L'élection d'un nouveau président du Medef régional, Patrice Pennel, issu des rangs de l'industrie comme son prédécesseur Frédéric Motte, est de ce point de vue un signal important.

Olivier Ducuing

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Publié le 26/06/2019

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