"En Hauts-de-France, j'évalue entre 100 et 120 M€ les montants investis par les acteurs régionaux, hors opérations exceptionnelles" "En Hauts-de-France, j'évalue entre 100 et 120 M€ les montants investis par les acteurs régionaux, hors opérations exceptionnelles"

Comment a évolué le capital-investissement dans la région ces dernières années ?
On était 25 il y a dix ans, aujourd'hui près de 65, à travers 15 structures. Les acteurs historiques sont toujours là, l'IRD et Finorpa, Picardie Investissement côté picard. Participex a été rachetée par le Crédit Agricole, et Nord Capital, acteur indépendant, a repris en gestion le véhicule de capital investissement du Crédit Agricole Nord de France. Vous avez aussi les filiales de groupes bancaires qui sont toujours là, des acteurs indépendants comme Siparex, présent à Lille depuis dix ans. Et de nouveaux fonds comme Re-Sources, NCI ou Capital Croissance.

Plus d'acteurs donc, et plus d'opérations ?
En terme de capitaux, ça augmente régulièrement, mais pas sur une croissance à deux chiffres. On a le sentiment que de plus en plus d'entreprises lèvent de l'argent, mais c'est surtout dans l'innovation avec un nombre croissant d'opérations. C'est aussi le cas dans le domaine de la transmission et des LBO, avec des recompositions de capital.

Par rapport à d'autres régions, comment nous situons-nous ? N'y a -t-il pas beaucoup d'acteurs pour un marché encore restreint ?
En volume, nous sommes plus bas que notre poids en PIB national, soit environ 4% du marché contre 8% du PIB. En Hauts-de-France, j'évalue entre 100 et 120 M€ les montants investis par les acteurs régionaux, hors opérations exceptionnelles comme OVH, Kiloutou ou Cerelia. Les acteurs se diversifient, certains vont davantage financer l'innovation, d'autres les infrastructures, d'autres sont sur du sectoriel, certains comme Siparex font de la mezzanine. Les nouveaux venus comme Cap3RI, Finovam, CapTech Santé avivent la concurrence, avec des angles différents. Les métiers, notamment dans l'innovation, demandent une expertise de plus en plus forte.

On voit de grosses opérations se boucler à l'in- ternational. Faut-il le déplorer ou s'en réjouir ?

C'est le cycle normal du capital-investissement. Les acteurs régionaux, ou nationaux en région, savent faire entre 100 K€ et 50 M€. Et même dans des tours de table à 50-60 M€, on peut trouver des solutions avec des acteurs locaux, mais ce sont souvent les entreprises elles-mêmes qui font leurs choix. Prenez Vade Secure, ils auraient pu trouver en France mais ils voulaient des capitaux anglo-saxons.

Jouez-vous le rôle d'investisseurs purs ou aussi d'actionnaires ?

Quand on entre dans une société par augmentation de capital, c'est pour donner des moyens supplémentaires, pour de la croissance externe, un plan de développement commercial, parfois on organise aussi une liquidité partielle de certains actionnaires, sans changer la majorité. Mais de plus en plus, les dirigeants nous demandent d'apporter plus de conseil. Certes l'entreprise connaît son métier. Mais dans un cas sur deux, l'information financière n'est pas structurée en interne. Les actionnaires investisseurs sont là pour mettre en place ce type d'outils. On nous demande des conseils en management, en gouvernance, même dans le recrutement, mais aussi de trouver des croissances externes. Notre métier s'élargit. D'autant plus que les capitaux sont de plus en plus une commodité. Il y a des liquidités partout, les taux sont bas : comment se distinguer dans cet environnement ? Que peut-on apporter en complément ? Nous, chez Credit Mutuel Equity, c'est le réseau de participations, avec 350 lignes nationalement. Nous avons la volonté cette année de mieux connecter entre eux les dirigeants, ce que fait très bien BPIfrance, par exemple.

Certains pointent une dérive des valorisations, notamment dans le numérique. Et vous ?
Les multiples sont aujourd'hui très élevés, et ne cessent de s'accroître depuis quatre ou cinq ans, malgré tous ceux qui prédisaient un arrêt de la hausse. Comme les taux sont très bas, de plus en plus de classes d'actifs vont sur le private equity, sur les actifs de qualité. La question du numérique est complexe, car comment valorise-t-on ? On voit une augmentation des valorisations, mais qui s'explique : peu d'entreprises sont éligibles, mais quand il y en a une, tout le monde veut en être.

L'ouverture du capital était taboue dans beaucoup d'entreprises fami- liales et d'ETI il y a encore dix ans. Les esprits ont-ils évolué ?

La plupart des dirigeants sont convaincus aujourd'hui des bienfaits de l'ouverture, quand il y a un projet derrière, qu'il s'agisse de transmission familiale ou de croissance externe par exemple. Les Pme sont plus agiles, plus petites, plus ouvertes. Les ETI restent le segment d'entreprises où l'ouverture du capital, souvent familial, reste encore un peu taboue. Mais ça évolue.

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