Dans les coulisses d'Ugepa

Chaque mois, Eco121 vous propose d'aller à la découverte d'un fleuron de l'économie de la grande région. Ce mois-ci : direction la Somme pour une visite d'Ugepa, la dernière usine française de papier peint. Une entreprise qui mêle savoir-faire artisanal et techniques industrielles de pointe.

C'est le dernier fabricant français de sa spécialité. Même si le marché du papier peint a été divisé par quatre en trente ans, le picard Ugepa parvient à progresser en cherchant des relais de croissance à l'international. Cette année, l'entreprise basée à Moreuil, non loin d'Amiens, a même remporté un contrat avec Kingfisher, le géant du bricolage britannique, qui participera à une croissance d'au moins 15% de l'activité en 2019. De quoi donner le sourire à son Pdg, le dynamique Pascal Siellet qui s'apprête à reprendre la totalité du capital du groupe, en associant en un pool de cadres, dont son associé historique, Anthony Horne. L'objectif est de croître encore à l'international, mais également de mettre au point des papiers peints technologiques participant au confort de l'habitat.

Photos : Teddy Henin

Ugepa en bref

Date de création : 1974

Pdg : Pascal Siellet

Siège : Moreuil (Somme)

Chiffre d'affaires : 23 M€ en 2018 dont 45% sous marque propre

Production : 7 M de rouleaux / an

Les quelque 10 000 références créées par Ugepa ont été conçues en interne. Cette étape, la conception assistée par ordinateur (CAO), est un moment clé, préalable au lancement d'une collection. Chez Ugepa, elle mobilise une dizaine de personnes, qui élaborent des cahiers de tendance, élaborent les concepts graphiques, réalisent le "mapping", c'est-à-dire des simulations numériques de mise en scène. Les dessins et motifs peuvent être réalisés en interne, confiés à des graphistes indépendants ou élaborés à partir de banques d'images. Chaque modèle exige 5 à 6 prototypes, au minimum.

 

Une fois livrés, ils permettent aux coloristes de définir, à partir du modèle papier, le mélange des couleurs à utiliser. Leur savoir-faire précieux leur permet de reproduire, à partir des couleurs primaires, les modèles voulus. Les mélanges sont ensuite testés avant la phase finale de production.

 

 

 

Une fois la CAO achevée, vient l'étape du prototypage. Pour cela, un cylindre d'impression en acier est fabriqué pour chaque couleur et motif. Ugepa dépense quelque 700 Kchaque année dans la création de ses cylindres, dont la réalisation est confiée à une entreprise espagnole.

 

Aux phases très artisanales de conception succèdent des étapes plus industrielles. L'usine, qui fonctionne en 3X8, peut produire toutes les formes de papier peint, traditionnel, vinyle, expansé, et bien sûr intisssé. Un produit qui a révolutionné le secteur en facilitant la pose et en permettant un arrachage à sec. Son secret repose dans le dépôt d'une couche de vinyle qui est imprimée, avant d'être gaufrée, puis d'être cuite à 180 degrés. Au total, l'usine compte 8 lignes produisant 7 millions de rouleaux environ chaque année.

 

 

 

 

En 2014, Ugepa a investi 4 Mdans une ligne de production ultra-moderne, capable de produire des "double largeurs", soit des rouleaux de 1,06 mètre par 10,5 mètres, très prisés en Russie notamment.

 

Pascal Siellet, Pdg d'Ugepa : "Nous croyons à un capitalisme social"

Ringardisé, jugé moins pratique que la peinture, difficile à poser... Le papier peint n'a plus la cote. Dans ce contexte Ugepa parvient à développer son activité. Comment expliquez- vous ce succès ?

Après avoir connu des difficultés, je crois que nous avons défini un modèle d'entreprise efficace, alliant créativité et souplesse de production. De simple sous-traitant, nous sommes parvenus à imposer notre propre marque qui représente désormais 45% de l'activité. Le tout en rétablissant un climat de confiance dans l'entreprise. Grâce à leur implication, nos salariés sont choyés cet été en « en euros trébuchants », car ils n’ont pas eu de participation depuis 13 ans. Nous croyons à un capitalisme social qui rétribue justement chacun à son niveau. Ce leitmotiv est payé de retour par la fidélité de nos salariés, qui, pour beaucoup, affichent plus de 30 ans de maison !

Vous allez justement reprendre le contrôle total de l'entreprise. Pourquoi ?

Oui, en effet. Les mutations de ces dernières années nous ont poussés, mon associé et moi-même, à prendre cette décision en associant des cadres. Le développement de nos propres collections à fait bondir la valeur de notre stock et nécessitait donc de vrais et fidèles appuis bancaires. Sur la place d'Amiens, le soutien a été immédiat, régulier et sans faille, et nous allons donc pouvoir poursuivre nos projets.

A l'international surtout ?

Je dirais en menant de front l'international et le marché français, bien orienté depuis le début de l'année. Nos partenaires internationaux, anglais surtout, viennent chercher chez nous un savoir- faire qui a pratiquement disparu chez eux. C'est ainsi que nous avons conclu le contrat avec Kingfisher qui souhaitait mettre en place une offre unifiée en Europe. En plus nous progressons très bien en Allemagne, où nos ventes ont progressé de 20% par exemple. Ainsi, notre chiffre d'affaires devrait s’établir à plus de 25 M€ cette année, contre 23 M€ l'année dernière. Nous sommes très fiers de ce développement ! En France, nous sommes confiants car les distributeurs, 4 Murs en particulier, ont fait évoluer leur modèle pour créer des espaces concept mettant bien en valeur les créations, perçues par le public comme un élément esthétique de décoration supplémentaire. Et le made in France d’Ugepa y trouve toute sa place.

Vous allez donc continuer d'investir sur le site ?

Bien sûr ! Notre modèle repose sur la réactivité, la souplesse. Ce qui signifie disposer d'un outil de production adapté et compétitif. En 2014 déjà, nous avons injecté 4 M€ dans une nouvelle ligne très moderne, capable par exemple de contrôler automatiquement la régularité de l'épaisseur du vinyle. Nous avons aussi acheté des robots pour automatiser les étapes finales d'encartonnage sans réelle valeur ajoutée. Chaque machine a coûté 250 K€ d'investissement. Et je peux annoncer qu'en 2021, nous lancerons une nouvelle ligne révolutionnaire tant dans les techniques d'impression que pour le développement de nouveaux produits. Elle permettra le lancement de gammes, qui ne seront pas seulement esthétiques, mais aussi "pratiques". Pour cela, deux ans de R&D et 2 à 3 M€ d'investissement seront nécessaires. Mais j'aurai certainement l'occasion d'en dévoiler plus au moment du lancement, patience donc...

Recueilli par Guillaume Roussange

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