Un effet Louvre-Lens très insuffisant

Le musée manque d'oeuvres majeures et d'expositions temporaires de rang international Le musée manque d'oeuvres majeures et d'expositions temporaires de rang international

Le musée devait générer un souffle économique puissant sur le territoire, comme le Guggenheim a su ressusciter Bilbao. On en est loin, même si le mouvement est désormais clairement perceptible. 

 

Ne parlez plus d'effet Guggenheim à Lens ! «on souffre beaucoup de la référence permanente à l'effet Guggenheim », confirme anonymement un responsable de l'agglomération Lens-Liévin. Et pour cause ! Une délégation régionale nombreuse fit le voyage -dont le rédacteur de ces lignes- avant la construction du Louvre Lens pour réaliser le potentiel économique formidable d'un équipement culturel majeur sur un territoire gravement meurtri par la crise industrielle des années 80. L'impact du musée Guggenheim n'a d'ailleurs cessé de grossir depuis, pour devenir une incroyable locomotive pour le pays basque espagnol et Bilbao, qui a accumulé depuis les prix internationaux. Qu'on en juge : 1,3 million de visiteurs payants en 2017 (dont deux tiers d'étrangers), 17 000 amis du musée, un budget autofinancé à 70% et surtout un impact colossal sur l'économie locale, chiffré à 485 M€ en 2016 par le cabinet B + 1 Strategy.

Malgré sa marque internationale très puissante, le Louvre- Lens ne tient en rien la comparaison. Il faut dire que celle-ci est déséquilibrée. Bilbao est une métropole de 350 000 habitants (900 000 avec l'agglomération), riche d'une masse critique importante dans bien des secteurs. Lens est dix fois plus petite avec un éclatement institutionnel historique, incapable de lutter avec l'attractivité de la métropole lilloise si proche.

Pour autant, le musée pourrait mieux faire. En 2018, il aura attiré 483 000 visiteurs. Des chiffres jugés « extraordinaires, fabuleux » par sa directrice Marie Lavandier. Fabuleux ? La jauge de 500 000 visiteurs annuels était simplement l'objectif initial du musée en rythme de croisière, après le pic initial de l'effet de curiosité, et sans gratuité. Au-delà des 150 M€ de sa construction, le fonctionnement du musée pèse 14,4 M€ par an, dont 86% à la charge des collectivités (Région en tête), l'Etat ne participant pas. Ses retombées pour le territoire sont estimées par la Mission Louvre Lens Tourisme à 154 M€ depuis son ouverture en 2009, soit près de 20 M€ par an.

 

MANQUE D'ŒUVRES MAJEURES

Certains -c'était déjà le cas de l'ancien président de Région Daniel Percheron, pointent que, hormis la Liberté guidant le peuple de Delacroix ou quelques autres pièces de haut vol, le musée souffre depuis l'origine d'un manque d'oeuvres majeures et d'expositions temporaires de niveau international qui pourraient définitivement l'ancrer sur la carte culturelle mondiale. « Il faut insister pour faire venir la Joconde ou la Vénus de Milo. Les conservateurs diront toujours que c'est impossible. Mais c'est une décision du Président de la république », juge Bernard Masset, ancien délégué général d’Euralens.

Pour autant, l'impact du Louvre-Lens est loin d'être secondaire. En terme d'image d'abord, le musée et sa marque planétaire ont rendu sa fierté à la population, tout comme la labellisation Unesco. La ville s'est déjà en partie transformée, les investisseurs privés arrivent doucement, à l'exemple d'un hôtel Ibis Style annoncé en face de la gare de Lens, après le 4 étoiles d'Esprit de France dont le lancement est très prometteur (Eco121 n°90). La mission Louvre Lens Tourisme a accompagné 94 projets, avec la marque Autour du Louvre Lens (ALL) dont la mayonnaise commence doucement à prendre. Aujourd'hui, à la façon de Lille 3000, le territoire met en place un programme culturel de très belle tenue pour six mois, Odyssée, associant largement les mécènes privés. Bientôt sept ans après l'inauguration du musée, il est en effet grand temps de passer à la vitesse supérieure.

 

Carton rouge !

Interrogé à au moins trois reprises par nos soins pour connaître le nombre de visiteurs payants en 2018, le musée du Louvre-Lens a obstinément refusé de nous répondre. Puis, lors d'une rencontre directe le 15 avril, nous a fait savoir que ces informations devaient d'abord être transmises aux élus. Une position curieuse quand le même musée diffusait dès le 17 janvier son bilan 2018 très précis (482 759 visiteurs, en hausse de 7%*). De deux choses l'une : ou bien les équipes du Louvre-Lens n'ont pas identifié le nombre de leurs visiteurs payants de 2018 depuis les quatre derniers mois et c'est très inquiétant en matière de compétence. Soit elles refusent délibérément de donner ce chiffre dont elles craignent peut-être une surinterprétation économique.

La politique de l'évitement, voire de l'autruche, n'est clairement pas la meilleure approche en terme de communication. C'est non seulement regrettable, mais aussi contre-productif. Le choix d'une culture "gratuite" (mais payée par le contribuable régional), accessible au plus grand nombre, peut être pleinement assumé, avec de vrais arguments sociaux voire sociétaux, encore faut-il jouer pleinement la transparence.

*Dans le même temps, le musée du Louvre à Paris, payant, connaissait une poussée de 25% de sa fréquentation en 2018.

 

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