Tribunes libresEdito n°73- Juillet et août 2017

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MAKE OUR REGION GREAT AGAIN


Philippe Hourdain et Frédéric Motte, Présidents respectifs de la CCI de Région du Medef régional


Hourdain Motte

 

 

Les récentes élections sont riches d’enseignements pour les entrepreneurs que nous sommes, d’enseignements pour nous-mêmes et sur le monde qui bouge.

La vitesse du changement «a changé  »

Le plus frappant est la vitesse et la profondeur des mutations. Nous le vivons en entreprise, mais nous ne l’imaginions pas en politique. Tout le monde sentait la colère, une sorte d’épuisement du système, une aspiration au renouveau dans un monde connecté. De là, à prévoir qu’un parti, qui n’existait pas il y un an,  puisse remporter à la fois l’élection présidentielle et les législatives dans la foulée, il y a un pas que personne n’aurait osé franchir. 

En matière économique, on parle de «  disruption  » pour évoquer une innovation de rupture (par opposition à l’innovation incrémentale qui  optimise l’existant), où de nouveaux entrants réinventent totalement un métier à l’image des taxis bousculés par l’arrivée de la plateforme Uber.  Il est clair que le phénomène s’étend désormais au politique avec son flot d’enthousiasme pour la nouveauté et de retenue face à l’ampleur de la vague qui balaie sans ménagement des hommes et des femmes politiques engagées au service de la cité et qui pour la plupart n’avaient pas démérité. L’innovation est enthousiasmante et ingrate. Ainsi va l’entreprise.

Vision, courage, écoute, méthode

Comment comprendre l’alchimie du nouveau président  ? Un peu de chance mais finalement peu de hasards. D’abord, la vision  : une vision affinée par l’expérience, exprimée avec courage (sur l’engagement européen notamment)  et sans ambiguité.

Puis l’écoute, une écoute fine, sociologique  : des centaines de «  marcheurs  » ont rencontré pendant des mois la population française, permettant d’établir un diagnostic fin et des relations humaines de terrain. Travailler en collaboration avec nos clients, de co-construire avec eux les produits et services qui leur faciliteraient la vie est devenu un impératif aussi pour l’entreprise aujourd’hui.

Si on ajoute enfin, de la méthode (ne rien laisser au hasard), de la confiance et de la détermination, nous retrouvons les fondamentaux du leadership dans un monde 3.0.

Les planètes  sont en train de se  réaligner pour la France 

Nous voilà avec un paysage politique renouvelé, pro-entreprises, qui ose des réformes ambitieuses et réinstalle la France sur la scène internationale. La confiance dans l’avenir revient à l’heure où la conjoncture économique se fait plus souriante, comme si les planètes se réalignaient sur la France, après des années de morosité.

Entrepreneurs, la balle est aujourd’hui dans notre camp.

  • – Construisons le futur  : il faut conforter ce regain de confiance dans notre économie et investir dès à présent. Si la frilosité était de mise jusqu’ici face aux contraintes d’un environnement fiscal instable, nous n’avons plus le droit de faire le dos rond et d’attendre des jours meilleurs. C’est aujourd’hui et maintenant qu’il faut y aller pour inscrire cette nouvelle dynamique dans la durée.
  • – Soyons ouverts aux autres, au monde  : des nouveaux modèles économiques apparaissent, reflet d’une économique connectée et durable. Saisissons-en  les opportunités tout en veillant toujours à un juste équilibre  entre le pouvoir des puissances publiques et celui des grandes entreprises internationales. 
  • – Resserrons les liens avec l’Europe  : nous sommes une région transfrontalière, privilégiée par sa position géographique de porte de l’Europe du Nord. C’est plus que jamais le moment de créer des  liens avec nos plus proches voisins, de s’inspirer du dynamisme de nos voisins flamands ou de tirer profit des opportunités liées au Brexit. 

Cette gestion du Brexit à l’échelle régionale a mis en lumière une attitude nouvelle  : celle d’une intelligence collective pour aller de l’avant. Les exemples se multiplient avec l’Union des ports autour de NorLink ou encore le lancement d’un Grenelle de la mobilité… 

Les dernières élections sont symptomatiques à bien des égards de cette transformation du monde  : nous changeons d’ère et face à ces nouvelles technologies et leurs exceptionnelles perspectives, il nous faut jouer collectif pour les rendre inclusives.

Le nouveau monde qui émerge n’est plus celui de l’efficacité productive. Il est celui de l’intensité créative, de l’innovation et de la capacité à travailler avec et pour des tiers. L’ère du «  co  » nous ouvre un monde d’opportunités.  Pour cela,  nos entreprises doivent transformer leurs organisations et leurs pratiques managériales en cassant les silos et les pesanteurs. Elles doivent aussi accompagner l’ensemble de leurs collaborateurs dans une mutation sans précédent du travail  : 1 emploi sur deux (Europe comme aux Etats-Unis)  sera remplacé ou profondément modifié par la révolution numérique dans les 15 ans qui viennent (Source  : Université d’Oxford/think tank Bruegel).  La formation doit donc, elle, aussi doit engager sa révolution.

Au fond, s’engager dans ce nouveau monde pour les entrepreneurs ce n’est pas faire preuve d’audace mais bien d’une grande  lucidité. Si les entreprises régionales doivent se saisir de ce  moment de transformation, ce n’est pas pour céder à un quelconque effet de mode ou à de fascination, mais  bien parce que la rationalité économique le commande. Notre région a tous les atouts pour être aux avant-postes de la Troisième Révolution Industrielle, c’est-à-dire de l’économie du futur.