21 e Conférence des villes portuaires : «Le commerce mondial ne va pas s’arrêter demain !»

Après New York, Dunkerque accueille du 3 au 6 novembre la Conférence mondiale des Villes Portuaires. En amont, Eco121 a interrogé Maurice Georges, président du directoire du Grand Port Maritime de Dunkerque, et Bruno Delsalle, directeur général de l’AIVP.

Publié le 02/11/2026 par Olivier Ducuing / Lecture libre / Temps estimé: 3 minutes

Quels enjeux sous-tendent cette rencontre internationale ?

Bruno Delsalle. On a choisi comme fil rouge la notion de partage, des connaissances, des enjeux du foncier, des responsabilités, de la vision. On est vraiment sur le faire ensemble. Le monde est à un point de bascule, beaucoup plus difficile à lire, fluctuant, où tout acteur économique peut se trouver en position de subir. Beaucoup de chemins s’ouvrent aussi. La géopolitique mondiale fait qu’il faut s’adapter.

Précisément, la mondialisation montre ses limites. Y a-t-il une inquiétude existentielle du côté des acteurs portuaires ?

Certes, des lignes maritimes se réorganisent, des escales acquises peuvent très vite changer de destination, des armateurs sont confrontés à cette instabilité et vont devoir réfléchir à privilégier des routes sûres, avec différents scénarios, en fonction de la géopolitique mondiale. Mais le port restera toujours le point focal d’interface entre la terre et la mer. Le commerce mondial ne va pas s’arrêter demain.

Cette rencontre à Dunkerque apparaît comme une forme de reconnaissance de votre rôle de laboratoire...

Maurice Georges. Dunkerque est un laboratoire depuis assez longtemps. On fête les 60 ans du port cette année, c’était une grande phase de reconstruction de la France. On a déjà été le laboratoire d’une vision plus large concertée entre la France, l’Etat, et le territoire. C’est aussi l’époque de la création de la CUD, du Grand Port Maritime, d’investissements majeurs dans l’industrie sidérurgique bord à quai, l’extension du port avec l’achat de milliers d’hectares. Il y a ici une vraie tradition de laboratoire, de développement conjoint. Aujourd’hui, on vit une phase très active de développement orientée vers la décarbonation, mais avec une vraie demande des citoyens d’une meilleure prise en compte des usages. Ils ne se contentent plus de l’idée que les conséquences du développement industriel sont un mal nécessaire.

Vous voulez parler d’acceptabilité par rapport à cette concentration phénoménale d’investissements ?

M.G. L’acceptabilité est un terme dépassé. La question, c’est l’attractivité bien comprise : le citoyen qui comprend la nécessité de l’activité économique qui crée de la richesse, et de l’autre le monde économique pour qui l’attractivité citoyenne est nécessaire pour les enjeux du bien vivre ensemble, du logement, du cadre de vie, de l’emploi.

L’histoire des relations ports-collectivités a pu être conflictuelle dans le passé. Aujourd’hui ce binôme fonctionne-t-il bien ?

M.G. Très souvent, les enjeux dépassent l’échelon de la ville. Le port irrigue tout un territoire, un hinterland, parfois très lointain. A Dunkerque, nous sommes au cœur des échanges du Nord de l’Europe. ll est important de ne pas avoir une vision réductrice. Sur la Côte d’Opale, nous avons trois grands ports, Dunkerque, Calais et Boulogne. Le développement conjoint s’opère aussi au sein du Pôle Métropolitain de la Côte d’Opale présidé par Patrice Vergriete. Ce qui montre bien que les enjeux sont au-delà du cadre de la ville portuaire.

BD. Les choses ont bien évolué depuis 35 ans. La notion d’hinterland est beaucoup plus fluctuante et difficile à définir, mais la réflexion doit être à ce niveau là.

Votre Conférence se penche sur les enjeux à horizon 2050. Quels sont-ils ?

MG. Je ne vais pas dire que 2050, c’est du court terme, mais quand même... Les enjeux d’adaptation au changement climatique, c’est au moins 2100. Quand on fait de grands développements industriels et d’infrastructures, ce sont des contrats de long terme à 60-70 ans, à l’exemple des futurs EPR2. Je vois plus 2050 comme un point d’étape, avec ce qu’on sait de la criticité sur l’adaptation au changement climatique, ou d’effectivité des politique du zéro carbone à cette échéance.

Recueilli par O.D.