Anticiper pour mieux rebondir : transformer les difficultés en avantage stratégique

"Une entreprise qui sollicite un mandat ad hoc ou une conciliation multiplie par près de trois ses chances de redressement".

Publié le 02/09/2026 par Bignon Lebray / Lecture libre / Temps estimé: 2 minutes

Alexandre Ghesquière, avocat associé Bignon Lebray, droit des sociétés, fusions & acquisitions, et Félicien Hyest, avocat associé Bignon Lebray, restructuration - entreprises en difficulté
Alexandre Ghesquière, avocat associé Bignon Lebray, droit des sociétés, fusions & acquisitions, et Félicien Hyest, avocat associé Bignon Lebray, restructuration - entreprises en difficulté

Fin mai 2026, la Banque de France recensait 70 077 défaillances d’entreprises sur douze mois, soit 18 % de plus que la moyenne observée avant la crise sanitaire. Plus marquant encore, les défaillances concernent désormais un nombre croissant d’ETI et de grandes entreprises. Les difficultés ne sont plus l’apanage des seules TPE et PME.

La succession de crises, les tensions géopolitiques, la hausse du coût du financement et la concurrence internationale exercent une pression durable sur les entreprises. Même une société rentable peut se retrouver confrontée à une tension de trésorerie ou à une structure financière inadaptée, notamment sous LBO.

La France dispose de l’un des dispositifs de prévention et de restructuration des entreprises les plus complets d’Europe. Pourtant, ces mécanismes restent trop souvent perçus comme des procédures de dernier recours, alors qu’ils constituent des outils de pilotage stratégique et de saine gestion. Les statistiques illustrent l’efficacité d’une approche préventive : une entreprise qui sollicite un mandat ad hoc ou une conciliation multiplie par près de trois ses chances de redressement par rapport à une entreprise ayant attendu une procédure collective. Ce constat explique la place centrale des procédures amiables dans les actions de prévention des juridictions consulaires.

Le mandat ad hoc et la conciliation permettent au dirigeant d’engager, en toute confidentialité, des négociations avec ses principaux créanciers avant que la situation ne devienne critique. Sous l’égide du président du tribunal, avec l’appui de professionnels du chiffre, du droit et d’un mandataire de justice (administrateur ou mandataire judiciaire), la dette peut être reprofilée, les financements réaménagés et les remboursements en capital temporairement gelés afin de préserver la trésorerie. Les négociations peuvent également porter sur des contrats stratégiques (bailleur, fournisseur…) ainsi que sur des échéanciers avec les administrations fiscales et sociales.

La confidentialité constitue l’un des principaux atouts de ces procédures. Les discussions demeurent limitées aux parties concernées. Clients, fournisseurs, salariés et concurrents n’en sont pas informés. L’entreprise peut ainsi restructurer sa dette sans dégrader son image ni la confiance de ses partenaires, contrairement à une procédure collective dont la publicité affecte immédiatement le crédit fournisseur et les relations commerciales. Lorsqu’une minorité de créanciers s’oppose à un accord largement approuvé, la sauvegarde accélérée permet, sous certaines conditions, de faire prévaloir la décision de la majorité dans un délai particulièrement court, sans interruption de l’activité.

Une entreprise qui engage une restructuration suffisamment tôt négocie avec ses partenaires alors qu’elle dispose encore d’actifs, de crédibilité et de temps. Elle obtient de meilleures conditions de financement, protège sa trésorerie, poursuit ses investissements et préserve ses équipes. Là où certains concurrents subissent leurs difficultés, elle les transforme en opportunité de réorganisation.

En restructuration, le temps est un actif. Plus le dirigeant agit tôt, plus les solutions sont nombreuses et préservent les intérêts de l’entreprise. Les procédures préventives sont des outils de gouvernance au service de la pérennité de l’entreprise et de sa capacité à rebondir.