Aurélien De Nunzio (ex-CEO d'Algar) : « On a le sentiment d’avoir réussi à sauver l’entreprise »

Après de belles années d’activité, l’entreprise lilloise co-fondée par Aurélien De Nunzio a été mise en redressement judiciaire, avant d’être reprise par le groupe N.A.T à la barre du tribunal. Retour d’expérience.

Publié le 03/02/2025 par Julie Kiavué / Lecture libre / Temps estimé: 2 minutes

Dix ans après sa création, vous avez mis un point final à l’aventure d’Algar. Pourquoi ?
J’ai créé Permettez-moi de construire en 2014, devenue par la suite Algar. C’était une belle histoire qui a permis d’employer jusqu'à 30 collaborateurs. L’entreprise a connu une croissance rapide, nous avons levé plus de 6 M€ au total. Mais lorsque la société a été placée en redressement judiciaire en 2023, ça faisait un moment que j’étais arrivé au bout. Algar a été rachetée par le groupe N.A.T avec une majorité des effectifs. Avec mon associé, on a le sentiment d’avoir réussi à sauver l’entreprise, les clients et une partie des salariés.

Que faites-vous aujourd’hui ?

Je ne me voyais pas reprendre une activité de salarié, j’ai décidé d’entreprendre à nouveau. Depuis un an, j’accompagne des primo-entrepreneurs dans le démarrage de leur activité en partant de zéro ou presque. J’ai créé ADN Coaching pour les aider à structurer leur idée de business, à identifier une problématique à résoudre, à trouver une solution viable à mettre sur le marché, à déterminer la pertinence de leur offre. Et ce jusqu’à ce qu’ils signent leur premier client. C’est un accompagnement complet de trois mois, en individuel et en groupe avec d’autres primo-entrepreneurs. Ils viennent de la région, du reste du pays, mais aussi de Suisse, de Belgique ou encore du Canada.

J’ai un parcours atypique. Avant d’entreprendre, j’ai été peintre en bâtiment. Aujourd’hui, je transmets tout ce que j’ai appris depuis mes débuts. ADN Coaching se positionne comme une alternative, ou un complément, aux incubateurs. Je transmets ce que j’aurais aimé recevoir de leur part.

Qu’est-ce qui vous a manqué ?

Le pragmatisme. Mais aussi des mentors qui accompagnent et apprennent à se focaliser sur l’essentiel. La priorité doit être de développer sa boîte, avant de lever des fonds. Puis d’être rentable rapidement. J’ai levé 400 K€ au premier tour de table avec Algar, mais c’était une autre époque. Le marché est plus difficile qu’avant. On a trop glorifié le monde de l’entrepreneuriat. Les incubateurs n’ont pas évolué pour répondre aux besoins des entrepreneurs.

Pourquoi selon vous ?

Si une incubation dure 1 an et demi voire plus, il faut se poser des questions... Notre pays est spécialiste dans la création de start up qui ne marchent pas. On a tendance à vouloir les sauver grâce à des mannes financières alors qu’elles ne devraient pas survivre. Chez Algar, par exemple, on a chargé la mule en dettes. Ce n’était pas sain. Il faut accepter que le monde des start up est une industrie de nombre, que 90% des start up qui se créent tous les jours iront à l’échec. Mais on ne l’accepte pas en France. C’est un problème culturel de fond : celui qui échoue, c’est un loser, celui qui réussit est un voleur. C’est impitoyable !