Dirigeants cédants : sachez garder
vos réflexes de diversification

"Performance, volatilité ou benchmark restent insuffisants pour garantir une réelle diversification."

Publié le 01/10/2026 par Banque Populaire Du Nord / Lecture libre / Temps estimé: 2 minutes

Mehdi Liousri, gestionnaire d’actifs à JPM Banque privée
Mehdi Liousri, gestionnaire d’actifs à JPM Banque privée

Vous venez de céder votre entreprise et en avez reçu le prix. Félicitations.

Votre premier souhait est de diversifier votre patrimoine et vous avez raison. Vos choix répondront-ils réellement à cet objectif ?

Vous prendrez sans doute un temps de réflexion, placerez les fonds sur des supports prudents dans l’attente de propositions plus structurantes. Quelques semaines, voire quelques mois plus tard pour certains d’entre vous, vous sera proposé, par exemple, un fonds « Actions Internationales », large, liquide et peu coûteux. Le raisonnement paraîtra imparable : vous déteniez un actif unique, vous détiendrez désormais plusieurs centaines de lignes. Le risque de concentration sera réglé.

En fait, nous allons le voir, il ne le sera qu’en apparence.

Votre cession vous a fait sortir d’une position concentrée, qui était complètement corrélée au secteur d’activité, à la zone géographique et aux clients de votre entreprise. Désormais vous souhaitez que votre capital puisse fructifier tout en limitant les risques via une efficace diversification.

Mais souvent votre volonté de déployer au plus vite un capital devenu liquide vous oriente vers la solution la plus simple à mettre en œuvre, pas nécessairement vers la plus adaptée.

Prenons, pour illustrer ce piège, l’exemple d’un indice actions mondial comptant plus de 1 000 valeurs. Ses dix premières lignes représentent aujourd’hui près de 25 % de l’encours, et une seule zone géographique, les États-Unis, en représente près de 72 %. Acheter cet indice n’est donc pas acheter plus de mille histoires économiques distinctes : c’est acheter, pour une part très significative, une même thématique et un même cycle. Le nombre de lignes rassure, mais l’exposition réelle dit autre chose. On vous parlera de performance, de volatilité ou de benchmark. Si ces indicateurs classiques sont à considérer, ils restent insuffisants pour garantir une réelle diversification. Pour y parvenir, il est nécessaire de se baser sur d’autres critères : le poids effectif des premières lignes, la contribution de chaque facteur au risque total, ainsi que le comportement des corrélations en période de tension.

En effet, c’est précisément en période de crise que les corrélations ont tendance à s’aligner à la hausse, faisant voler en éclats la diversification apparente au moment même où l’on en aurait le plus besoin.

Mon propos ne vise pas à vous faire renoncer aux instruments de gestion collective (fonds diversifiés, fonds thématiques, fonds indiciels, …) qui conservent une utilité incontestable mais plutôt de vous amener à connaître ce que vous détenez, ligne à ligne, et de piloter cette exposition plutôt que de la subir.

Cela suppose d’accepter le facteur temps : un déploiement échelonné, une part de liquidités conservée, des classes d’actifs dont le comportement réciproque diffère réellement en cas de choc.

Bpifrance Le Lab estime à environ 370 000 le nombre de PME et ETI susceptibles d’être transmises d’ici 2030. Une génération entière de dirigeants sera donc confrontée au choix de l’allocation des liquidités alors obtenues.

Beaucoup de paramètres joueront forcément. Avec certitude, l’exigence de diversification des risques privilégiée tout au long de leur parcours d’entrepreneur méritera aussi d’être appliquée à leur patrimoine.