Gros coup de mou sur l'économie régionale

Les rencontres régionales de l'économie organisées le 6 octobre ont montré une dégradation nette des indicateurs de la santé de nos acteurs économiques, artisans, agriculteurs et chefs d'entreprise. Qui gardent néanmoins une forte capacité d'adaptation.

Publié le 06/10/2026 par Olivier Ducuing / Lecture libre / Temps estimé: 3 minutes

«Il n'y a plus de trésorerie, il n'y a plus de bénéfice, il n'y a plus de moral». C'est à travers une vidéo que Laurent Rigaud, président de la Chambre régionale des Métiers et de l'Artisanat, a accompagné sur une tonalité alarmiste le lancement des Rencontres régionales de l'économie le 6 octobre, au sein du siège consulaire. De fait, le climat n'est clairement pas à l'euphorie, même si Banque de France comme CCI veulent nuancer le tableau. «C'est vrai que les signaux ne sont pas terribles: un tiers des entreprises reconnaissent aller mal, un tiers sont dans un état stable, mais un tiers progresse et s'adapte», note Philippe Hourdain, président de la CCI de région. L'élu consulaire admet une dégradation des trésoreries et, tout aussi inquiétant, l'effondrement des projets d'investissements: 82% des entreprises interrogées n'ont plus de projet d'investissement tandis que les recrutements ralentissent aussi.

«Il y a un manque de repère. On parlait jusque là de polycrise, aujourd'hui les chocs arrivent tous en même temps», poursuit Philippe Hourdain. Ukraine, canicule, inflation, bien sûr, mais surtout prix de l'énergie. «La principale incertitude aujourd'hui est sur le choc énergétique et ses conséquences sur le pétrole et le gaz. Les dirigeants étaient encore optimistes avant 2026», note Stéphane Martinat, directeur régional de la Banque de France. «Aujourd'hui la confiance des chefs d'entreprise n'est pas au rendez-vous, celle des consommateurs non plus».

«Ca fait six ans qu'on voit que ça va de mal en pis», décrit de son côté Emilie Defer, responsable du service Etudes et Prospective à la Chambre des Métiers. «Le T3 ne fait pas exception à la règle, les indicateurs sont dégradés en activité comme en chiffre d'affaires. 70% des artisans alimentaires voient leur trésorerie reculer, c'est du jamais vu».

Changement de comportement des consommateurs

L'enquête conduite par la CCI fait apparaître que le premier sujet de préoccupation des dirigeants n'est paradoxalement pas le prix de l'énergie (qui arrive toutefois assez vite dans la pile d'ennuis des entreprises) mais l'évolution du comportement des clients et des consommateurs. «Tous les anciens repères sont en train de voler en éclats. Les entreprises doivent absolument s'adapter», décode Grégory Stanislawski, directeur des études à la CCI.

Côté agricole, ce n'est pas non plus la fête de la Saint-Jean. La sécheresse a lourdement pesé sur les rendements agricoles tandis que les nouvelles conditions climatiques (plus de jours au-dessus de 25° en un an que le cumul des 10 dernières années...) font apparaître de nouveaux ravageurs: un charançon est ainsi la cause de la perte de pas moins de 20 000 ha emblavées en betteraves cette année, déplore Laurent Degenne, président de la Chambre régionale d'agriculture. Les céréales affichent un repli de 7 quintaux à l'hectare par rapport à la campagne précédente.

Si l'on ajoute les perspectives électorales qui entravent la visibilité ou encore l'état des finances publiques, la situation de l'économie du pays et de notre région paraît donc bien plombée.

Pour autant la Banque de France comme les consulaires veulent voir quelques signes positifs. L'adoption rapide de l'IA, d'abord, qui touche désormais 62% de nos entreprises (67% en moyenne française), porteuse de gros gains de productivité potentiels mais aussi de nouveaux horizons. Le ruissèlement des grands projets, particulièrement denses dans la région, sur le tissu économique. Et surtout une capacité de résilience très forte des entreprises. «Il y a une énorme capacité d'adaptation depuis la crise sanitaire. Dans ce monde sans repères, très difficile, marqué aussi par la géopolitique, les élections, les entreprises s'adaptent, changent très vite et continuent se battre», veut croire Philippe Hourdain. L'enquête consulaire fait du reste apparaître que 94% des entreprises ont engagé au moins une transformation. Il souligne aussi les records de création d'entreprises, même si un grand nombre procède de micro-entreprises, mais elles reflètent aussi un état d'esprit entrepreneurial, insiste-t-il.