L’angle mort du management

"Les organisations ont aussi besoin de ceux qui tiennent dans la durée, font progresser les autres et apportent de la constance là où tout s’accélère."

Publié le 01/07/2026 par Cabinet QuinteSens / Lecture libre / Temps estimé: 2 minutes

Pendant longtemps, j’ai cru que la valeur d’un collaborateur se mesurait à sa trajectoire autant qu’à sa contribution.

C’est une croyance répandue. Et compréhensible. Dans un contexte où les organisations valorisent la mobilité, l’adaptabilité, la capacité à évoluer vite, il est naturel de confondre ambition et valeur. De faire de l’une la preuve de l’autre.

Et je pense que cette équation mérite désormais d’être questionnée. Je rencontre régulièrement des collaborateurs excellents, fiables, reconnus, porteurs d’une vraie solidité opérationnelle, qui se retrouvent dans une position inconfortable. Non pas parce que leur travail pose problème, mais parce qu’ils ont osé dire qu’ils souhaitaient rester dans leur rôle. Durablement. Sans chercher à gravir un échelon de plus. Comme si la stabilité ne pouvait s’interpréter qu’à travers le prisme du manque d’ambition.

Comme si ne pas vouloir changer signifiait ne pas vouloir progresser. Il existe pourtant plusieurs manières de construire un rapport au travail. Certains trouvent leur énergie dans la progression hiérarchique, l’exposition, le changement de rôle. D’autres la trouvent dans la maîtrise d’une expertise, dans la transmission, dans le plaisir d’exercer un métier qu’ils connaissent profondément. Ces deux logiques sont légitimes. Elles ne méritent pas d’être hiérarchisées. Or les seconds sont souvent les grands invisibles des dispositifs de développement des talents. Ce sont pourtant eux qui sécurisent les sujets complexes, transmettent les pratiques, accueillent les nouveaux et maintiennent une continuité quand les équipes s’emballent. Leur contribution est structurelle et silencieuse. Le problème s’installe quand l’évolution devient la seule forme de reconnaissance disponible. On le voit avec ces experts promus managers par logique de parcours davantage que par appétence réelle. L’intention est bonne. Le résultat l’est rarement, ni pour eux, ni pour les équipes qu’ils encadrent sans l’avoir choisi.

On le voit aussi dans l’autre sens : des collaborateurs solides qui finissent par sentir que leur excellence actuelle compte moins que leur projection future. Que bien faire leur travail ne suffit plus. Je ne pense pas qu’il faille opposer stabilité et ambition. Les organisations ont besoin de mobilité et de renouvellement, c’est une réalité. Mais elles ont aussi besoin de ceux qui tiennent dans la durée, font progresser les autres et apportent de la constance là où tout s’accélère.

C’est aussi une forme d’ambition. Peut-être même l’une des plus rares.