Mais qui veut la mort des Chambres de commerces ?

Selon Bruno Bonduelle, les Chambres de commerces connaissent une mort à petit feu, dans le silence des médias et l'ignorance du grand public.

Publié le 26/09/2018 par Equipe Eco121 / Lecture libre / Temps estimé: 2 minutes

Mais personne voyons ! Elles font partie du paysage depuis... Henri IV qui les créa à Marseille « pour accroître la prospérité de la ville ». Personne... sauf que Bercy vient pour la énième fois de raboter leurs budgets. Drastiquement cette fois. C'est une mort à petit feu, dans le silence des médias et l'ignorance du grand public. Dès lors, que peut faire un Président auquel on rogne les moyens un peu plus chaque année ? Défiler dans la rue, toutes bannières déployées ? Faire du sit in sous les fenêtres de Matignon ? Acheter une page dans les Echos ? Tout en se souvenant des temps heureux où, tirant profit de la fusion de quatre chambres et des économies d'échelle qui en découlèrent, la CCI Grand Lille put se montrer généreuse, créer le Tribunal de Commerce de Lille-Métropole, lancer l'Ecole de la Deuxième chance, prendre le pouvoir à l'Apim, et même restaurer le Manoir du Cepi. Pauvres présidents qui doivent aujourd'hui gérer la pénurie, licencier, faire des arbitrages et par conséquent des mécontents.

Qui ? Le Medef ? Les grandes entreprises ne se sentent pas chez elles dans ces assemblées de PME et de commerçants. Qui ? La gauche qui considère que seuls les élus du peuple ont la légitimité pour lever l'impôt et se demande bien pourquoi des patrons s'arrogeraient ce droit.

Qui ? La droite, au nom du libéralisme. N'est-ce pas Alain Madelin, ministre de droite s'il en fût, qui voulait les supprimer ? Que l'impôt prélevé par les chambres soit géré par des chefs d'entreprise, disait-il, ne change rien au fait qu'il s'agit d'un prélèvement obligatoire qui vient s'ajouter à tous les autres. Alors qui ? Et si c'était tout simplement le monde consulaire lui-même, qui refusa longtemps de se réformer et résista à l'indispensable régionalisation voulue par Bercy ? Un monde qui conserve aux yeux des énarques l'image d'autrefois, celle d'un président à la bedaine avantageuse et au teint couperosé, confit en certitudes et rebelle à tout changement, qui s'engouffre dans sa limousine aux vitres teintées, persuadé qu'il tient en ses mains l'avenir économique de sa ville.

Après tout, me dit un ami bruxellois, en Belgique les chambres sont d'aimables cénacles sans pouvoir, en tous cas pas celui de lever l'impôt. Et pourtant, il y a bien un aéroport à Charleroi, une HEC à Liège, un port fluvial à Gand... Il paraît même, ajoute-il perfidement, qu'il y a un port maritime à Anvers !