Otium cum dignitate

L'ex capitaine d'industrie, président de la CCI Grand Lille, fondateur du comité Grand Lille, parrain d'Eco121, remise sa plume d'oie après dix ans de billets dans nos colonnes. L'occasion d'un dernier billet de notre patricien nordiste, inspiré cette fois par Cicéron.

Publié le 28/05/2020 par Equipe Eco121 / Lecture libre / Temps estimé: 3 minutes

La santé qui s'en va et le grand âge qui arrive (je fus condisciple de Jacques Chirac, c’est tout dire !) deux bonnes raisons de raccrocher avant d'être poussé vers la sortie avec la commisération respectueuse que l'on doit aux aînés qui ont fait leur temps.

Le Comité Grand Lille a été créé il y a 25 ans, déjà ! Pour en propager les idées, j'ai battu des estrades et noirci des pages. Avec quelques succès mais beaucoup de désillusions car j'attends encore et toujours une ville de 1,2 million d'habitants qui porterait le nom de LILLE en lieu et place de cet agglomérat hétéroclite de villes moyennes et de villages ruraux. Cette ville serait agrémentée au nord d'une forêt urbaine pour le captage du CO2 et la promenade dans les sous-bois, c'est-à-dire un second Phalempin. Elle serait agrandie au sud avec le RER Grand Lille ponctué de mini villes nouvelles autour de ses quatre gares reliant l'ex-bassin minier en le métropolisant. Elle serait enfin reliée à l'Europe par le hub TVG de Seclin.

Une seule grande ville, une forêt, un RER, une 2e gare TVG. Quatre rêves, quatre déceptions mais quatre graines semées qui germeront sans doute dans deux générations.

Otium (le repos) cum dignitate. C'est ainsi que Cicéron dans De Oratore exprimait en trois mots l'idéal d'un Romain retiré de la vie publique. A bientôt 87 ans, j'ai droit au repos moi aussi et mets fin à ces billets mensuels qui m'ont procuré beaucoup de bonheur tout en lançant un appel à ceux qui aiment écrire pour qu'ils prennent la relève.

Que me reste-t-il ? L'essentiel ! L'art d'être le grand- père de douze petits-enfants, le regard lointain mais plus affectueux que jamais porté sur une entreprise quittée il y a longtemps alors qu'elle n'était qu'européenne et qui a désormais une ambition mondiale. L'écriture et la lecture, Arte et LCP pour essayer de comprendre un monde que je ne me résous pas à considérer qu'il va de plus en plus mal. Et dans les très rares occasions qui me sont encore données, la défense et illustration de MA ville, c'est- à-dire le Grand Lille et de MON pays, c'est-à dire l'Europe.

En vous quittant, je fais mienne cette phase que Shimon Peres a écrite peu de temps avant sa mort à 93 ans « si le nombre de vos rêves est plus grand que celui de vos réalisations, vous êtes toujours jeune ».

Toute l'équipe d'Eco121 se joint à moi pour remercier très chaleureusement Bruno Bonduelle de ses contributions bouillonnantes à la réflexion et au débat dans nos colonnes, avec son style unique, sa verve latiniste, son ardeur et ce désir constant de bousculer les esprits, toujours intact malgré les années. Preuve de leur valeur et de l'attente du microcosme régional, ces billets étaient systématiquement les articles les plus lus lors de la publication de nos newsletters.

Nous avions prévu de rendre un hommage appuyé à ce visionnaire exceptionnel, auteur de nombreux ouvrages, lors d'une grande soirée anniversaire en avril à l'occasion des dix ans du journal, dont Bruno Bonduelle est aussi le parrain. Le confinement lié à la covid en a décidé autrement.

Que cet ultime billet soit donc pour nous l'occasion de lui redire toute notre gratitude, de lui souhaiter une retraite bien méritée, et de saluer son épouse Chantal qui aura joué un rôle d'intendance bienveillante, aussi discrète qu'efficace pendant toute cette décennie d'écriture.

Olivier Ducuing