Quelle réinvention après la crise ?

Une crise révèle les points de force et de fragilité d’une entreprise. Inutile d’être pessimiste ou de céder à l’excès d’agitation.

Publié le 25/06/2020 par Equipe Eco121 / Lecture libre / Temps estimé: 3 minutes

Denis Dauchy, professeur de stratégie, directeur de l'exécutive MBA Edhec
Denis Dauchy, professeur de stratégie, directeur de l'exécutive MBA Edhec

Une crise révèle les points de force et de fragilité d’une entreprise. Inutile d’être pessimiste ou de céder à l’excès d’agitation. La sortie d’une crise doit être l’occasion de mettre à plat les fondamentaux et de réinventer durablement nos modes d’action.

L’impact de la crise sanitaire Covid est très contrasté selon les entreprises. La restauration, l’événementiel et d’autres secteurs à forte interaction humaine ont été violemment affectés. Le commerce a dû se redéployer au bénéfice de la proximité, du drive, etc. Les entreprises de production ont pu connaître des évolutions erratiques d’activité avec des chaînes d’approvisionnement durement mises à l’épreuve. Les différences de culture humaine se sont également révélées avec, dans certains cas, des superbes capacités de réactivité collective et, dans d’autres cas, la mise à nu des difficultés de climat interne. Evidemment des sujets de court terme s’imposent, telle la gestion du cash. Mais vivre une telle crise et ne pas en tirer d’enseignements serait une opportunité manquée ! Des thématiques fortes se dégagent pour essentialiser les stratégies et accélérer sur certains sujets. Notons entre autres le renforcement du besoin de sens, le digital, le renouveau des chaînes de valeur et la déconcentration des organisations. La raison d’être vis-à-vis des clients doit être plus que jamais la colonne vertébrale de l’entreprise. Elle lui permet de nourrir sa résilience, de se mettre en agilité sur son périmètre d’activité, de saisir les inflexions accélérées par cette crise. Selon cette logique, les propositions de valeur doivent être réinterrogées sur l’authenticité, la confiance (notamment sanitaire), la valorisation du service aux clients, les solutions innovantes centrées sur l’usage, etc.

Le digital, grand gagnant

Le digital est le grand gagnant de cette crise. Quelques soient l’activité et la taille d’entreprise, tout retard sur le sujet constituera un hors-jeu. Le e-commerce, les market places, la télémédecine, la gestion numérique des flux dans l’industrie, les maquettes numériques dans le bâtiment... s’installent sans retour. La crise permet un bond en avant sur le sujet. Elle donne un avantage à ceux qui avaient été proactifs. Elle oblige à dépasser des dogmes et à reconsidérer les priorités pour d’autres entreprises.

Les chaînes d’approvisionnement et de valeur plus courtes et circulaires sont renforcées par la crise. La tendance n’est pas nouvelle. Elle est portée par le renouvellement rapide de l’offre, le traçage écologique, la transparence sur les origines... Il ne s’agira pas d’un basculement mais plutôt de la prise en compte de nouveaux équilibres entre plaques géographiques, de plans de contingence plus sérieux, de chaînes de valeur plus en boucle (recyclage, etc.) et plus directes avec les clients finaux. Le vrai risque est de retourner aux habitudes.

Pendant la crise, la logique est au resserrement du management, à la prise plus centralisée de décisions. A la sortie d’une crise, il faut privilégier l’inverse. Pour rebondir, il faut « relâcher la bride ». La crise a permis d’avancer sur des nouveaux modes de travail, parfois plus rapides et transversaux. La déconcentration des organisations est de mise dans un environnement toujours plus volatil et incertain. La complexité ne peut être traitée que par des formes d’action collective plus agiles, plus essaimées et plus entrepreneuriales. Finalement, une crise qui nous ramène aux sources !