"Qui paye parle"

Le billet de Bruno Bonduelle

Publié le 15/10/2018 par Equipe Eco121 / Lecture libre / Temps estimé: 2 minutes

Membre de l’Association “les Amis de la Piscine”, me voilà invité à découvrir le 20 octobre ce musée de Roubaix agrandi et embelli. Sur le très beau bristol, je relève cinq invitants: la Région, le Département, la Mel, la Ville de Roubaix, sans oublier la Ministre de la Culture. Je m’y rendrai sans doute car j’affectionne ce musée qui vaut autant par son contenant que par le contenu de ses œuvres. J’hésite cependant à la perspective d’entendre cinq fois le même discours préparé par cinq directeurs de communication qui puisent tous aux mêmes sources, dans le brouhaha d’invités qui n’écoutent plus au delà du 2e. En France en effet l’élu qui paye a le droit de parler.

Souvenir des belles années de l’Euro-Métropole transfrontalière, je me rends à Bruges aux festivités de la capitale européenne de la culture 2002. Je m’attends au pire... en néerlandais dans le Concertgebouw flambant neuf. J’ai droit à deux discours seulement. Il n’y a pas de ministère de la culture en Belgique car l’Etat fédéral a tout délégué aux régions. Les provinces sont de pâles copies des départements napoléoniens et leurs gouverneurs nommés par le Roi n’ont plus qu’un rôle protocolaire. Il n’y a pas non plus d’intercommunalité car une loi de 1975 a ramené le nombre de communes du royaume de 2360 à 600. Tournai par exemple a absorbé les 29 communes de sa périphérie en 1976 !

Voilà comment en traversant la frontière on passe de cinq à deux discours! Un beau sujet de réflexion pour qui cherche des économies dans les budgets de nos collectivités. En effet, nos présidents ne se déplacent pas sans leurs vice-présidents de quelque chose, leurs attachés de presse, leurs photographes qui les feront figurer en bonne place dans leurs bulletins municipal, intercommunal, départemental ou régional!

Deux signes avant-coureurs de la révolution qui se prépare chez nous: tout d’abord la fusion à la sauce lyonnaise des services communautaires et départementaux dans les cinq principales métropoles du pays dont Lille. Le président Lecerf est vent debout. Il craint pour les finances des nouveaux départements Flandre maritime et Hainaut Cambrésis, privés de la manne lilloise. Il oublie que la métropole a aussi ses pauvres, du côté de Lille-Sud ou de Tourcoing-Nord par exemple.

Autre avancée décisive: à horizon 2020, l’élection au suffrage direct du Président de la Mel. Avec la légitimité et l’autorité d’un maire. Suffisantes pour imposer par exemple un tram-train vers l’aéroport sans d’interminables ratiocinations. Le président Larcher est vent debout. Il y voit la fin des communes. J’y vois au contraire l’émergence de puissantes communes. A-t-il oublié que, avant d’être la rue où son chauffeur vient le déposer chaque matin, Vaugirard était un village qu’un décret impérial de 1859 transforma en 6e et 15e arrondissements de Paris ?