Rémunérations : faire de la transparence un levier de confiance et de performance

"Cette exigence de transparence marque une rupture : les politiques salariales ne pourront plus reposer sur des pratiques implicites ou discrétionnaires."

Publié le 06/05/2026 par KP MG / Lecture libre / Temps estimé: 2 minutes

Justine Haddouche, juriste en Droit Social - KPMG
Justine Haddouche, juriste en Droit Social - KPMG

Malgré un cadre juridique déjà dense, les inégalités salariales persistent. En cause, une opacité encore trop fréquente des politiques de rémunération, qui fragilise l’application du principe d’égalité… et alimente les contentieux.

Avec la directive européenne du 10 mai 2023 (2023/970), l’Union européenne entend franchir un cap. Son ambition est claire : rendre effective l’égalité salariale en imposant une transparence accrue au sein des entreprises.

Sa transposition en droit français est attendue d’ici le 7 juin 2026. Si le calendrier reste encore incertain - le Ministère du Travail évoquant déjà un possible report de certaines mesures à 2027 -, une chose est sûre : les entreprises ont tout intérêt à s’y préparer dès maintenant.

Au cœur du dispositif, un principe clé : la comparaison entre postes de valeur équivalente.

Justification des écarts de rémunération, mention des salaires dans les offres d’emploi, interdiction de se fonder sur le salaire antérieur… Toutes ces obligations reposent sur une étape préalable incontournable : définir précisément ce qui constitue un travail égal ou de valeur comparable.

Cet exercice, loin d’être théorique, suppose de s’appuyer sur des critères objectifs — compétences, responsabilités, conditions de travail — et de formaliser une classification des emplois, via un accord collectif ou une décision unilatérale. Un chantier structurant pour les organisations. La directive introduit également un nouveau standard en matière d’information des salariés.

Les entreprises devront communiquer des données sur les niveaux de rémunération moyens, par catégorie de postes, en distinguant femmes et hommes. En cas d’écart, elles devront être en mesure de le justifier.

Cette exigence de transparence marque une rupture : les politiques salariales ne pourront plus reposer sur des pratiques implicites ou discrétionnaires. Elles devront être lisibles, objectivées… et défendables.

Face à ces nouvelles obligations, une simple mise en conformité ne suffira pas. Les entreprises devront engager un véritable travail de fond : audit des écarts de rémunération, clarification des référentiels métiers, formalisation des critères d’embauche et d’évolution salariale. Le dialogue avec les représentants du personnel sera, dans bien des cas, un levier clé pour sécuriser ces transformations. Bonne nouvelle toutefois : cette démarche n’interdit pas la différenciation salariale. Elle l’encadre. À condition que les écarts soient cohérents, objectivés et justifiables.

Réduire cette réforme à une obligation réglementaire serait une erreur. Elle constitue aussi une opportunité : celle de renforcer la cohérence interne, de professionnaliser les pratiques RH et de redonner du sens aux politiques de rémunération.

À condition de l’anticiper. Et surtout, de la considérer non comme une contrainte supplémentaire, mais comme un véritable levier de transformation — et de motivation — pour les équipes.