Un maire ça décide, un président ça préside

Le billet de Bruno Bonduelle, ex président de la CCI Grand Lille et du Comité Grand Lille.

Publié le 27/06/2018 par Equipe Eco121 / Lecture libre / Temps estimé: 2 minutes

Cette guerre picrocholine menée par les élus communautaires pour retarder le tramway nommé désir vers l’aéroport en rappelle d’autres plus anciennes mais tout aussi calamiteuses : celle qu’engagea le maire de Sainghin-en-Mélantois pour empêcher le contournement Sud-Est de Lille et ne pas perturber le sommeil de ses électeurs. Celle d’un député du Nord-Ouest pour faire obstacle à l’A 24 (ex A1bis) supposée gêner les golfeurs de la Vigne. Les voilà maintenant qui rejoignent le chœur des pleureuses en se lamentant de cette thrombose autoroutière qui nous étrangle.

“Il faut arrêter de ne rien faire” clame du haut de son perchoir le président de la Communauté Urbaine dans un français improbable, et d’ajouter “la thrombose est devenue impossible”. Un président impuissant face à 90 charbonniers maîtres chez eux. Des maires auxquels on a retiré, année après année, des compétences essentielles comme les transports collectifs, la voirie, le développement économique, la pureté de l’air mais auxquels on a laissé les écoles maternelles, les cimetières et les cérémonies du 11 novembre toutes écharpes déployées. Des maires qui ont cependant gardé le pouvoir de dire NON, celui des permis de construire. Mâle déclaration d’un président élu par d’obscures combinaisons d’appareil et soumis aux majorités changeantes de groupes ésotériques sans lisibilité. Pauvre président sans majorité stable et qui se console en lançant avec talent une année la Coupe Davis, une autre la capitale du design. Qu’attend-on pour mettre fin à cette gouvernance boîteuse et adopter le régime démocratique de toutes les villes du monde avec un maire, une majorité, une opposition, des élections qui confortent ou sanctionnent. Il faudra en outre une loi pour imposer la fusion des villes et villages faisant partie des intercommunalités de ce pays, une loi aussi contraignante que fut le décret impérial de 1858 qui permit à Lille d’annexer Wazemmes, Esquermes, Moulins et Fives. Cette loi sera évidemment portée par Gérard Collomb, un ministre qui fut maire de Lyon et présida la Courly. Son discours devant le Sénat sera émaillé de mots de bon sens tels que : baisse des prélèvements obligatoires, simplification, efficacité, suppression des doublons, économies à tous les chapitres budgétaires. Le Sénat sera vent debout car on touchera à ses 36 000 vaches sacrées mais une Assemblée docile votera comme elle a voté la fin du statut des cheminots. Aux forceps comme il convient pour ces bouleversements qui, additionnés, forment une révolution. Quelques années ont passé. Lille n’est plus un grand village mais une ville millionnaire. Son maire n’est plus un président impuissant. Il vient d’entrer dans le cercle fermé des villes qui existent sur la carte d’Europe. On ne dit plus Grand Lille, à quoi bon! On dit Lille comme on dit Milan, Munich ou... Lyon.