La filière transport-logistique fiévreuse

Le Coronavirus a de lourdes conséquences sur la supply chain, secteur majeur en Hauts-de-France. Entreprises à l’arrêt, chauffeurs routiers en difficultés, l’activité s’affaiblit dangereusement.

Depuis l’arrivée fracassante du Covid-19, le secteur du transport et de la logistique est sous haute tension. La filière, essentielle au réapprovisionnement des commerces alimentaires en surchauffe, se heurte à de nombreux obstacles. Volumes de transport plus faibles, obligeant certaines sociétés à stopper leur activité, flambée des coûts de transport notamment à l’export, ou encore difficulté de libre circulation. Le confinement et les restrictions de déplacements ont mis un gros coup de frein à l’activité des transporteurs. « Il a bien fallu 24 heures pour que le Ministère des Transports nous éclaire sur les conditions de poursuite de l’activité et confirme l’obligation pour les routiers de disposer d’une attestation », déplore le secrétaire général de la Fédé- ration Nationale des Transports Routiers du Nord, Olivier Arrigault.

Autre obstacle, et non des moindres, la fermeture des lieux d’accueil, de restaurations et des sanitaires réservés aux chauffeurs routiers, dégradant leurs conditions de travail. « Ils se voient refuser l’accès à certains services de la part des clients par peur de contamination, regrette le directeur d’Euralogistic, pôle régional d’excellence logistique et supply chain, Laurent Desprez. C’est un vrai coup dur pour les chauffeurs qui perdent peu à peu leur motivation ».

Effectifs réduits

C’est toute l’activité régionale qui en pâtit, amputée fin mars de 30 à 40% de routiers, estime Olivier Arrigault. Une situation qui a poussé les organismes professionnels FNTR Nord, OTRE et Union TLF à monter au front. Pour tempérer leurs inquiétudes, le gouvernement a garanti entre autres le maintien des aires de repos, des sanitaires et des restaurants routiers en vente à emporter. « Il nous est encore impossible de vérifier la réouverture de ces lieux en Hauts-de-France », admettait le 20 mars Olivier Arrigault. De son côté, Laurent Desprez se veut optimiste. « Les pouvoirs publics ont pris conscience que la filière transport-logistique est un maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement et, plus largement, de notre économie car, en cette période de crise, elle réagit avec honneur à l’immédiateté ».

3 QUESTIONS À JIMMY BILS,

DIRIGEANT DU TRANSPORTEUR ET LOGISTICIEN BILS DEROO

« On peut tenir deux mois, mais pas six »

Quel est l’impact du Coronavirus sur votre activité ?

Très important. Nous réalisons 60 à 70% de notre chiffre d’affaires avec l’industrie et la grande distribution non alimentaire. Tous les équipementiers automobiles, parmi d’autres, étant à l’arrêt, nous ne faisons plus aucune livraison. L’autre tiers de notre chiffre d’affaires concerne l’alimentaire. Qui, heureusement pour nous, se porte plutôt très bien en ce moment. Aujourd’hui, nous réalisons entre environ 35% de notre chiffre d’affaires habituel. Ce qui nous a conduit à cesser le travail de plusieurs centaines de salariés... C’est très lourd pour nous. Notre priorité est de sécuriser notre entreprise et sa trésorerie. On a les reins solides. On peut tenir deux mois, mais pas six.

Que vous disent vos chauffeurs sur leurs difficultés ?

Ils se plaignent d’être les pestiférés de l’économie ! Ils sont très mal accueillis. Ce qui est évidemment très vexant et difficile à vivre.

Les annonces de l’Etat les ont-ils réconfortés ?

La réouverture des sanitaires et la possibilité de travailler le dimanche jusque fin avril sont de bonnes nouvelles. Le Gouvernement a reconnu l’importance du travail des chauffeurs routiers dans l’économie, surtout en période de crise. C’est tout de même un peu dommage d’avoir attendu cette situation pour s’en rendre compte !

Recueilli par J. K.

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