La ferme aux 1000 vaches en quête d'un modèle vertueux

Nous sommes aux portes d'Abbeville. Depuis quatre ans, une entreprise très particulière s'est implantée ici, au prix de 7,6 M€ d'investissement. Avec 866 bêtes, la ferme baptisée « aux 1000 vaches » par ses opposants, est un nouveau modèle d'élevage laitier, développé par la famille Ramery, propriétaire du groupe éponyme de bâtiment. Pour qui a vécu près d'une exploitation laitière, deux phénomènes frappent immédiatement : le silence, et l'absence d'odeurs (et de mouches !). Intensif, mais aussi très soucieux du bien-être animal, gage de performance, le mo- dèle de la ferme est adossé à une maîtrise très grande de toutes les étapes : reproduction, vêlage, sevrage, traite, alimentation, ensilage... Les vaches portent un collier connecté qui détecte des anomalies d'activité, et anticipe les soucis de santé. Chaque jour, environ 20 bovins déclenchent une alerte et sont orientés automatiquement vers l'infirmerie lors de la traite. « c'est un peu la ferme 2.0 »,sourit Matthieu Ramery. Résultat : le cheptel n'affiche aucune pathologie respiratoire, la plus répandue dans les élevages laitiers, et l'usage des antibiotiques est limité à sa plus simple expression, au profit de l'homéopathie.

Les oppositions ? Elles furent très vives voire violentes, un commando ayant même dégradé le carrousel de traite. L'hostilité règne encore dans de nombreux milieux : une jeune ap- prentie a reçu en juin une note de 5/20, précipitant son échec en bac professionnel, l'enseignant l'ayant ouverte- ment pénalisée d'avoir choisi la ferme comme lieu d'apprentissage. Les coopératives françaises, soumises à une pression forte, ont refusé d'acheter le lait, vendu finalement à une coopérative belge. Ségolène Royal, alors ministre, avait de son côté fait bloquer le projet de méthanisation (22 000 m3 de déjections liquides sont épandues aujourd'hui). Une procédure est en cours devant le tribunal administratif.

Centre de formation FNSEA

Néanmoins, le projet est de mieux en mieux accepté. Au point que la FNSEA envisage d'y créer un centre de formation pour les grands troupeaux. Et les vaches ? Certes, elles ne voient pas un brin d'herbe et ne connaissent pas le goût des fleurs des champs. Mais leur stabulation ouverte est très éloignée de l'image des poulets de batterie. Elles peuvent se mouvoir facilement, aller ruminer en repos dans des aires paillées. Leur nourriture est optimale (tourteau de soja, de colza, miscanthus et corn gluten feed). Même en période de canicule, comme lors de notre visite, la circulation de l'air rend le lieu agréable. Ainsi le rendement reste élevé alors qu'il dégringole dans les élevages classiques au-delà de 20°. La production de lait, soit 34 litres/jour par animal, est ainsi net- tement supérieure à la moyenne. Sa qualité est également supérieure, permettant une bonification de prix. Reste à valider le modèle. Car la ferme ne gagne toujours pas d'argent. « Nous sommes la seule ferme de France où toutes les heures de travail sont payées », décrypte Matthieu Ramery, qui rappelle qu'un tiers des paysans français vit avec 300 euros par mois... La solution passe par une remontée durable des cours. Bonne pioche, ils sont attendus à la hausse cet automne

O.D.

*welfaristes : militants du bien-être animal

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Publié le 24/08/2018 Olivier Ducuing Innovation

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