Le lin, le retour d'une fibre de toutes les vertus

Une ressource de proximité, à la culture très sobre en eau et en intrants, utilisable intégralement jusque dans ses déchets : les vertus du lin, une fibre naturelle et durable par excellence, retrouvent toute leur acuité à l'heure de la décarbonation et du circuit court. Cette culture historique est une chance pour notre territoire qui est la plus grande zone de production au monde, sur une frange littorale située entre Caen et Amsterdam. Mais la filière a peu à peu perdu la transformation de la fibre, envoyée à 80% en Asie avant de revenir sous forme de tissu. Les acteurs du lin veulent aujourd'hui rapatrier la chaîne de valeur sur notre sol, comme en témoigne l'implantation en cours d'une filature de Safilin (Eco121 n°109), 18 ans après avoir dû fermer pour produire en Pologne. De quoi régénérer une filière intégrée depuis le teillage jusqu'au tissage. L'association d'entreprise Fashion Green Hub, qui associe pas moins de 300 acteurs de la mode responsable depuis sa création en 2015, se mobilise sur cette thématique avec le soutien de l'ADEME. « J'y ai animé depuis décembre 2020 un groupe de travail sur la filière du lin made in Hauts-de-France, pour faire rencontrer les filières amont et aval », expose Isabelle Daydee, dirigeante de Vivaluz, qui valorise le textile en fin de vie. Cette ingénieure textile, passée chez Auchan et la Redoute, comme responsable des ressources matières, connaît son sujet. Et l'heure est au circuit court, y compris chez les retailers, « qui ont la volonté de développer des produits en lin plus près de la production ». Le sujet suscite de nombreuses questions qui vont de la traçabilité à l'affichage environnemental, sans parler de l'état des lieux de l'existant. Des enjeux qui vont conduire le groupe de travail à publier un livre blanc dans les prochaines semaines sur l'état de la filière en France, la volonté des enseignes, les freins, et bien sûr son potentiel.

Valorisation énergétique

En aval aussi, le lin offre encore un gros gisement disponible de valorisation, à travers les anas, qui sont les pailles produites lors du teillage (extraction de la fibre). « Le pouvoir calorifique du lin est presque équivalent à celui du bois, or le gisement augmente et sa valorisation énergétique devient une filière parmi d'autres en matière de biomasse », se réjouit Christophe Roger, animateur des filières biomasse à l'ADEME. Les projets se multiplient, en proximité, compte tenu de la faible densité du lin, qui ne peut se transporter loin. Certains sont déjà opérationnels, tels le réseaux de chaleur de Grandvilliers (Oise) ou la chaufferie biomasse d'une usine de plaques de plâtre à Auneuil (60). Bledina à Steenvorde s'engage dans une voie similaire, à travers une chaufferie de 7 MW capable de substituer 80% du gaz par de la biomasse provenant d'un rayon de 80 km autour du site. A Laon, la ville réfléchit aussi à un réseau de chaleur en parallèle de l'implantation d'une usine du teillage Decock ; à Wormhout, un réseau de chaleur est en construction. « La ressource est économiquement compétitive, avec beaucoup moins de fluctuations de prix que la ressource fossile, sur la durée de l’opération », pointe l'ingénieur de l'ADEME.

Ecomatériau

Le lin est aussi valorisé sous forme d'écomatériau. La coopérative L.A Linière, à Bourboug, a lancé avec le CODEM, un projet d'innovation pour créer des blocs de bétons à partir d’anas. Elle investit aujourd'hui dans une chaîne de production de blocs bétons ainsi que du matériel pour optimiser son unité de teillage en vue de l’amélioration de la qualité des anas. Elle s'est associée pour la phase industrielle avec Vermeulen et Sylvagreg, sous le nom de BATILIN. Ambition : produire 4 millions de blocs par an, à partir de 15 000 tonnes d'anas.

 

 

Pour en savoir plus sur les aides de l’ADEME https://agirpourlatransition.ademe.fr