Le secteur de l'événementiel cherche la sortie de secours

A l'arrêt depuis mars et sans perspective de reprise avant la fin de l'année, au minimum, les professionnels de l'événementiel réfléchissent à des solutions pour une sortie de crise rapide, mais sûre. Un casse-tête. 

Sur les affiches des salles de la région, l’avertissement s’affiche en grosses lettres rouges : spectacle annulé. Sur Internet aussi : « compte tenu de la situation sanitaire actuelle, l’événement prévu est reporté... » Spectacles, concerts, salons, séminaires... en quelques jours, toute la vie culturelle de la région a été mise sous l’éteignoir, entraînant l’effondrement de tout un secteur économique. « Le temps presse », s’impatiente Sté- phane Brenne, président de Lille Events, le club des professionnels de l’événementiel et du tourisme d’affaires de la MEL. La situation est grave : selon une étude de l’as- sociation, plus de 80% des événements ont été reportés, au mieux en fin d’année, au pire en 2021. Ce qui pour beaucoup d’entreprises du secteur, des tpe et des indépendants pour la plupart, pourrait faire de 2020 une année blanche... Les pertes de la filière sont estimées à près de 67 M€ pour la seule période de mars à juin et pour le seul territoire lillois ! « Nous sommes passés en mode survie », lâche Jules Delbarre, le fondateur de la société de Homard et saucisses, qui produit notamment le Raoul Band. « Nous avons mis en place des choses, comme des tournées digitales, mais un artiste est fait pour se produire devant son public. Je pense que les ouvertures partielles au public sont impossibles et qu’il fau- dra compter une année pour que le pays se remette totalement sur pied », avance-t-il.

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Comment éviter que la filière ne sombre durablement en attendant un vaccin ? Lille Events a son idée, résumée sous forme d’un plan en cinq points soumis à Damien Castelain, président de la MEL. Outre l’adoption urgente d’un protocole sanitaire « clair et commun », le groupement souhaite voir augmenter par pallier les autorisations de regroupement, prolonger les aides et surtout un véritable « plan de sauvetage » de la filière. « C’est un marché en cascade, avec une série d’acteurs aux tailles, aux statuts ou aux spécialités très hétérogènes. Il va falloir jouer la solidarité entre tous, se regrouper pour aller chercher des marchés hors de la métropole », explique Stéphane Brenne.

La crise sanitaire va rebattre les cartes du secteur et, peut-être, contribuer à y remettre de l’ordre. Le secteur n’a échappé ni à la digitalisation, ni à « l’uberisation » , avec une multiplication des indépendants, free lance et autres autoentrepreneurs, prêts à jouer des coudes – et des prix – pour se faire une place. « Côté artistes, il faut reconnaître que beaucoup de cachets étaient surévalués. Les choses commencent déjà à changer », avance Jules Delbarre.

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Les pratiques des entreprises aussi. Butterfly Traiteur, spécialiste des réceptions, a par exemple mis en place des réceptions sans contact avec un service au plateau. Charlestown, qui propose des services d’accueil et d’hotessariat, a adopté son offre pour proposer des services visant « à redonner confiance aux visiteurs en rendant plus humain l’application des gestes barrières », selon sa directrice Mélanie Soris. C’est là l’une des clés de la reprise : le retour de confiance d’un public, sans doute avide de renouer avec une vie sociale et culturelle, mais aussi profondément marqué par les deux mois de confinement et les quelque 30 000 morts liés à la Covid 19.

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Lionel Courdavault, président de Gayant Expo

"Il faudra faire des choix"

"Pas un euro n’est entré dans les caisses de Gayant Expo depuis le confinement. Nous avons dû décommander les prestations des fournisseurs avec lesquels nous travaillons (150 au total sur l’année) et mettre au chômage partiel les 12 salariés de la structure. Seul le service commercial a été maintenu pour pouvoir organiser le redémarrage le plus vite possible. Au total, la perte d’exploitation se chiffre déjà à 300K€. Je croise les doigts pour que la Foire, l’un de nos principaux événements, puisse se tenir en septembre et que, d’ici là, on ait défini les dispositifs d’aménagement ad hoc pour ce type de manifestation. Quoi qu’il en soit, il va falloir retrousser nos manches pour imaginer l’après.Cette crise va coûter très cher et, les fonds publics n’étant pas inépuisables, il faudra faire des choix".

 

 

Éric Chitcatt, L'Escalier du rire

"Heureusement que les collectivités sont au rendez-vous"

Eric Chitcatt est un artiste bien connu dans les Hauts-de-France. L’Escalier du Rire, le café théâtre qu’il a ouvert le 1er mai 2000 devait célébrer son vingtième anni- versaire. Un fête pour le moins gâchée par le confinement et surtout les difficultés financières qui s’accumulent pour la compagnie. « En jouant près de 200 dates par an en tournée, nous réalisons 250K€ en moyenne de chiffre d’affaires. Entre le 16 mars et août, nos pertes seront d’environ 142 K€. Nous travaillons beaucoup, en effet, pour des publics scolaires via des appels d’offres. Ceux que nous avions remportés en Corse ou à Versailles, par exemple, sont caducs. La situation est donc très compliquée... car nous comptons sept salariés, qui ne sont pas intermittents. Nous sommes en contact avec la Région et nous avons sollicité un prêt de 25 K€ auprès de la banque avec l’appui de BpiFrance. La mairie d’Albert nous aide aussi à hauteur de 10 K€. Le plus compliqué est de ne pas avoir de date, au moins prévisionnelle, de sortie de crise ».

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