Les golfs régionaux en quête d'un nouveau swing

Crédit : Golf de Mérignies Crédit : Golf de Mérignies

Confrontés aux changements des habitudes des joueurs et à des frais de fonctionnement en hausse constante, les structures golfiques tentent de se réinventer pour attirer de nouveaux pratiquants et diversifier leurs activités.

A saisir : golf neuf trous de type links, d'une longueur totale de 3 300 mètres, doté d'un très cha- leureux club house aménagé sur l'ancien aérodrome de Niergnies. Prix : 1,6 M€ à débattre". Cette annonce pourrait être bientôt diffusée par la communauté d'ag- glomération du Cambrésis. Dé- bordée par les frais de fonction- nement de l'équipement – 150 K€ par an – soit plus de 2 M€ investis sur le site depuis sa création, la collectivité a décidé de se séparer de son golf, ouvert... il y a trois ans seulement. Idem dans l'Aisne, où le conseil départe- mental cherche, depuis trois mois, un ges- tionnaire pour le golf de l'Ailette, à Cha- mouille, dont le déficit avoisine 200 K€ par an. Selon la collectivité, 500 K€ d'investisse- ment sont à prévoir pour moderniser cet équipement créé en 1984. Ces exemples sont loin d'être isolés. Le golf d'Abbeville, tout comme celui de Compiègne, ont purement et simplement été fermés faute de rentabilité.

Effet ciseaux

La vie de gestionnaire de golf n'a donc rien d'un long fleuve tranquille. Une étude du cabinet EY en 2017 pour le compte de la Fédération Française de Golf pointait les difficultés du secteur : 44% des structures commerciales et 32% de celles associatives ne se- raient pas rentables. « Elles subissent un effet ciseaux avec des recettes en baisse en raison du fléchissement du nombre d’abonnés observé depuis 2012 (-3%), mais des dépenses contraintes fixes », notent les auteurs. Plus diversifiés, les golfs commerciaux échappent en partie à la crise. En partie seulement, car 60% des équipements environ datent d'au moins vingt ans. D'où de nécessaires et coûteux investissements de modernisation, pour renforcer leur attractivité.

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Moteur de développement local

Le projet est à la hauteur des enjeux pour la collectivité. Le golf reste en effet un vrai moteur de développement pour les territoires, notamment ruraux. Le cabinet EY évalue à 29 M€ les retombées de ce sport dans les Hauts-de-France, devant la Normandie et la Bretagne ou les Pays de Loire (respectivement 27 M€, 24 M€ et 23M€). « 45% des structures sont situées à l’extérieur des principales agglomérations françaises. Les golfs participent ainsi d’une logique de développement rural. 72% des fournisseurs sont locaux », assure EY. Reste que, là encore, le vent semble tourner. Car le golfeur, si respectueux de la tradition qu'il soit, n'échappe pas à la modernité. Ses clubs Cleveland et ses chaussures Footjoy, il veut désormais les user non loin de chez lui, à proximité des centres urbains. Pressé, il veut jouer quand il l'entend, quitte à passer moins de temps sur le green. C'est pourquoi, la moitié des équipements construits au cours de la dernière décennie étaient des practices ou des « pitch and putt », permettant de jouer une partie en 2h en moyenne, la moitié d'un parcours classique. Sans parler des coûts de construction, ramenés dans une fourchette comprise entre 0,7 à 1,2 M€ pour un équipement compact, contre 5 M€ au bas mot pour un 18 trous. Dans l'Aisne, la ville de Soissons tente de surfer sur cette nouvelle vague. La collectivité a décidé d'investir 1,5 M€ dans un parcours de 9 trous, assorti d'un practice, dans le quartier Saint-Crépin, en cœur de ville. Signe des temps, elle a aussi recouru au gazon synthétique, moins coûteux d'entretien, histoire de ne pas tomber dans le même bunker que son voisin de Chamouille. Des partenariats sont aussi prévus pour favoriser la pratique des scolaires.

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Séduire de nouveaux publics

La discipline cherche en effet à se renouveler. Dans les Hauts-de-France comme ailleurs, la moyenne d'âge du joueur est élevée : 49 ans. Quant au nombre de joueuses, il demeure limité à 30%. Faisant feu de tout bois comme de tout fer, la Fédération multiplie les opérations pour séduire de nouveaux publics.

« Il faut accueillir les plus jeunes » assène roger Mortier, directeur du Najeti Hôtel du Golf à Saint-Omer. Ainsi, la structure ouvre ses portes aux collégiens du lycée Albert Camus en parcours scolaire. Du côté de Chantilly, le golf a fait le choix d'un Intervilles avec pas moins de 240 jeunes de primaire !

Au Saint-Omer Golf Club, sur la Côte d'Opale, le président Jean-Jacques Durand à quant à lui choisi de s'adresser aux personnes en situation de handicap. Après avoir créé la pre- mière école de handigolf, le club s'est porté candidat à l'organisation de l’Open de France handigolf, avant de créer le "Pas-de-calais handigolf" dont la troisième édition s'est tenue fin avril. « De 28 joueurs lors de la première édition, notre compétition a attiré 78 handigolfeurs de 11 nationalités différentes cette année », témoigne non sans fierté Roger Mortier.

Si tous ces efforts ont permis de doper le nombre de licenciés – 28 000 aujourd'hui, 1 000 de plus qu'il y a quatre ans - ils restent insuffisants pour garantir la pérennité des 43 clubs régionaux. Qui, pour beaucoup, misent sur le tourisme pour garantir leur salut. A la différence de l'Ecosse, par exemple, la France n'est pas encore identifiée comme une destination golfique à l'international. « Parmi les 335 000 touristes golfiques, on ne compte que 17% de golfeurs étrangers », déplore l'étude EY. « Il est regrettable que la région ou le comité régional du tourisme ne mettent pas davantage en avant notre discipline », regrette le président de la fédération régionale Jean- Louis Lignier.

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Certains golfs ont décidé d'investir pour conquérir cette clientèle étrangère, notamment les Hollandais ou les Allemands, de plus en plus friands de la petite balle blanche. C'est typiquement le cas du golf du Mont Griffon (Oise) qui s'était adressé à des investisseurs chinois, Yihua et Hongyi, un spécialiste du tourisme, pour aménager une centaine de chambres supplémentaires à l'hôtel du golf et lui faire décrocher sa quatrième étoile. Fina- lement avorté, le projet devait drainer une clientèle asiatique, grâce à la proximité de la Capitale. Dans le Nord, le golf de Merignies (photo ci-dessous) fait aussi ce pari. Dix ans après sa création, cette structure privée va investir 13 M€ dans la création d'un hôtel 4* Best Western de 50 chambres attendu pour fin 2021.

A Valenciennes, la communauté d'agglomération souhaite créer autour de son golf, poussé à 18 trous, un pôle de loisirs sur la zone du Grand Cavin. Pas moins de 19 M€ doivent être injectés pour créer ce pôle de loisirs « innovant », selon Laurent Degallaix, président de Valenciennes Métropole, mêlant loisirs et habitat.

De son côté le groupe familial Najeti, fondé en 1994 par Jean-Jacques Durand - un des héritiers de la cristallerie Arc - a fait aussi le choix d'un modèle économique mêlant hôtels et golfs. Le Nordiste compte à ce jour 9 hôtels et 3 structures golfiques répartis entre la région, la Bourgogne et le Sud. De quoi réaliser le birdie parfait en attirant sur le site une clientèle mixte, mêlant non-pratiquants et joueurs exigeants. « Un touriste golfique dépense en moyenne 60% de plus qu'un visiteur classique », rappelle le cabinet EY.

Julie Kiavué et Guillaume Roussange

Nos Greens se mettent au vert

Le plan Ecophyto 2018 piloté par le ministère de l'Agriculture oblige les golfs à revoir à la baisse leur consommation de produits phytosanitaires. En région, les initiatives pour un entretien plus eco-friendly des espaces verts poussent. Doucement mais sûrement. A Lumbres, l'Aa Saint-Omer Golf Club a pris le virage écologique dès 2010. Pour choyer les parcours, le greenkeeper (responsable technique du golf) développe ses propres solutions respectueuses de la planète. Exemple, depuis juillet 2017, il utilise le compost-tea ; du compost de forêt infusé pendant 24 heures et qui délivre une substance composée d'humus. Celle-ci est récupérée et pulvérisée sur le gazon tous les 15 jours entre mars et octobre. Les espaces verts se défendent ainsi mieux face aux diverses maladies, retardant de facto l'utilisation de pesticides. Résultats : en neuf ans, la consommation de phytosanitaires a été réduite de moitié.

Du côté de Mérignies, outre l'installation d'une station météo pour optimiser l'arro- sage et la gestion en eau récupérée dans des bassins autonomes, le golf met l'accent sur la protection de la biodiversité. 196 espèces (flore et faune) se reproduisent et vivent sur le site. Elles ont été recensées en 2018 lors d'une étude en partenariat avec la FFGolf, le Muséum national d'histoire naturelle et le cabinet Cheroutre. Et ont valu au golf de Mérignies le niveau Argent du programme Golf pour la biodiversité. En parallèle, « chaque année, on introduit près de 800 plantations sur le golf, indique le directeur Emmanuel Gaulier. Environ 70 000 arbres et arbustes ont déjà été plantés ». Il assure également que 3/4 de la superficie de son golf, les « roughs », en dehors des zones de jeu, sont sauvages et ne sont que très peu traités. « Jusqu'à deux fois par an ». Sur les tees et les greens, l'utilisation d'intrants agricoles « diminue ». Emmanuel Gaulier insiste : « Notre indice de fréquence des traitements est 20 fois inférieur à celui d'un hectare de blé ! » Pour d'autres opérateurs en revanche, la biodiversité freine leur ambition. C'est le cas par exemple à Sangatte où le projet du golf de la Porte des Deux-Caps, adossé à un éco-village, est stoppé par la présence d'un oiseau protégé, l’œdicnème criard. D'après le maire, Guy Allemand, un permis d'aménager pourrait être déposé avant la fin de l'année. Frôlera-t-on la petite balle blanche en 2022 ? Rien n'est moins sûr. J. K.

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