Numéro #133

Numéro #133 30/08/2023

Edito

Trop de hors-la-loi... et de lois

Tout corps social plongé dans les bienfaits de l'été devrait en ressortir rasséréné, ragaillardi, régénéré, pour pouvoir poursuivre paisiblement l'aventure collective de la vie en société. L'été 2023 a pour le moins dérogé à la règle : un cycle d'émeutes et de pillages jamais vu, et dépourvu de la moindre revendication politique, a montré crûment les limites de notre système. Une certaine jeunesse décérébrée, biberonnée aux selfies et à l'auto-conviction victimaire s'est livrée à des exactions que des forces de l'ordre épuisées ont eu toutes les peines du monde à contenir. Pierre Brochand, ex-patron de la DGSE, chiffre de 100 000 à 200 000 le nombre d'émeutiers... 2 000 personnes avaient déjà condamnées en août dont 600, tout de même, incarcérées.

Pour autant, on ne saurait se contenter d'un clap de fin, et de glisser les cendres sous le tapis en attendant de reconstruire à grands frais. L'épisode illustre un profond délitement de l'éducation, du corpus de comportements sociaux normalement partagés entre les citoyens, et une banalisation complète de la violence, parfois extrême. Avec en parallèle le sentiment singulièrement délétère d'une société à deux niveaux : celle des citoyens lambda, habitués à respecter la loi, payer leurs impôts, s'arrêter lors d'un contrôle de police, et celle d'une partie de la population vivant – sans guère de conséquences - hors cadre.

Obsession textuelle

Or cette situation d'anomie est d'autant plus dangereuse que dans le même temps, ladite société n'a jamais autant pondu de normes et règlements en tout genre. Un véritable idéal-type de technocratie. Une commission sénatoriale relevait récemment que pas moins de 400 000 normes s'appliquent au monde des collectivités, un vrai cauchemar pour les petits maires. Nous eûmes l'ambitieuse mission Poitrinal-Mandon de simplification, qui n'aboutît hélas à rien. Depuis 2013 existe un conseil national d'évaluation des normes. Mais la folle machine administrative tourne à plein régime. Le sujet est tout sauf anecdotique. Trop de normes étouffe l'économie du pays. Le monde de l'immobilier en sait quelque chose. La France est dans l'état de Gulliver ligoté au sol par des milliers de normes toujours plus sévères, sans doute pétries de bonnes intentions, mais dont le résultat final est de la paralyser. Il est urgent d'en desserrer l'étreinte et d'en repenser le mode de production. Autrement dit, rendre le sujet à la politique.

Olivier Ducuing

Directeur de la rédaction

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Publié le 26/01/2024

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