Numéro #134

Numéro #134 28/09/2023

Edito

Conjoncture : une exception nordiste ?

Les nuages noirs s'accumulent sur l'économie européenne et sur l'Hexagone. Le prix du pétrole s'envole à nouveau, tandis que l'euro au contraire semble s'essouffler. Aux perspectives de croissance se substituent plutôt aujourd'hui celles d'une stagflation : une croissance quasi nulle, voire une récession, accompagnée d'une hausse des prix continue, même si son rythme décroît. Le volume de défaillances d'entreprises s'accélère quant à lui, et la poussée des taux d'intérêt entrave les capacités d'endettement des particuliers, des entreprises... et des Etats. La dette à 10 ans française atteignait ces derniers jours ses plus hauts depuis 2012.

Les Hauts-de-France n'échapperont évidemment pas à ces grands mouvements de conjoncture. Pour autant, force est de constater que notre région bénéficie d'un climat de grands projets particulièrement exceptionnel. La situation est un peu comparable à l'époque où les pouvoirs publics anticipaient la fin de l'exploitation houillère dans notre région avec l'implantation d'usines majeures pour compenser les pertes massives d'emplois attendues : Chausson, devenu MCA Maubeuge, la Française de Mécanique ou l'usine de boîtes de vitesses de Ruitz. Mais il faut avoir en tête l'ampleur et le rythme des grands projets qui se succèdent aujourd'hui dans les Hauts-de-France pour en imaginer l'impact. Citons le Canal Seine Nord-Europe, les quatre usines majeures de batteries (ACC à Douvrin, AESC Envision à Douai, Verkor et Prologium à Dunkerque) ou la nouvelle génération de réacteurs nucléaires EPR 2 pour Gravelines.

Avec un volume d'investissements inouï à la clé : sur Dunkerque seulement, on chiffre à 40 milliards d'euros la manne céleste qui va nourrir l'industrie locale. Soit près de la moitié du PIB de tout le Nord-Pas-de-Calais d'avant fusion, pour se faire un ordre d'idée.

Autant dire que même si ralentissement économique il devait y avoir à court-moyen terme, il serait contre-balancé au moins partiellement par ces énormes moteurs relais. En maniant le paradoxe avec une certaine audace, on pourrait même se satisfaire d'une baisse de pression sur l'emploi qui devrait faciliter la vie des DRH appelés à recruter des dizaines de milliers d'emplois dans les cinq ans qui viennent.

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Publié le 28/05/2024

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