Numéro #85

Numéro #85 26/09/2018

Edito

Jacobinisme

Le gouvernement vient de remettre deux sous dans la machine à frustration de la région. Sous couvert de jury international, il vient de labelliser un institut hospitalo-universitaire (IHU) à Paris, doté de 50 M€.
Une fois de plus, Lille rate la première marche malgré un très beau dossier de pôle mondial sur le diabète. Et se voit gratifiée de miettes, soit 15 M€ à partager avec deux autres projets, eux aussi parisiens. Sans mettre en cause le jury, on peut en revanche s'interroger sur la décision de n'agréer qu'un seul IHU alors que deux étaient annoncés, tandis que les dotations aux IHU étaient fortement révisées à la baisse : la règle du jeu a changé en cours de route. De quoi susciter une grosse colère de nos grands élus régionaux, Xavier Bertrand, Damien Castelain et Martine Aubry.

Une opacité propice à toutes les suspicions
Il faut dire que l'Etat n'en est pas à son coup d'essai. Le programme des investissements d'avenir a très largement conforté la position déjà très puissante de la région parisienne. Le précédent de l'Idex est passé par là, Lille, défaite à trois reprises, ayant reçu néanmoins un accessit, le label i-site. Mais les décisions sont prises dans une forme d'opacité propice à alimenter toutes les suspicions.
Rappelons aussi la candidature française à l'agence européenne du Médicament, portée par Lille et la région. Dossier officiellement défendu par la France, mais si mollement que cette dernière n'a recueilli que ses propres voix au conseil européen, contrairement à la candidature à l'agence bancaire, finalement gagnée par ... Paris. Certes, Lille avait peu de chances face à des poids lourds européens, mais le sentiment devient récurrent d'un Etat qui s'assoit sur des règles qu'il a fixées lui-même et qui fait peu de cas des réalités régionales.
Il y a 36 ans, les lois de décentralisation du gouvernement Mauroy ouvraient une phase bouillonnante (et souvent coûteuse, il est vrai) de développement des territoires. Le retour en arrière est aujourd'hui saisissant entre perte de souveraineté financière des exécutifs locaux et dépendance du bon vouloir de l'Etat qui prend parfois des allures de fait du prince.

Olivier Ducuing

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Publié le 26/09/2018

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