Numéro #92

Numéro #92 30/05/2019

Edito

Temps long

Inspirés par de légitimes motivations de protection de la planète, nos élus multiplient aujourd'hui des décisions dans tous les domaines, supposées nous assurer un avenir moins funeste. Louons leur salutaire sollicitude. Trop longtemps, les questions environnementales étaient laissées aux spécialistes et n'intéressaient nullement les grands partis. De façon spectaculaire, le champ de la transition énergétique et de la défense de l'environnement s'invite désormais partout. La poussée européenne du vote écologiste montre au demeurant un vrai élan de l'opinion sur ces sujets.

Pour autant, gare à l'effet de mode. Car on est passé d'un immobilisme coupable à une célérité, pour ne pas dire une précipitation inquiétantes. Le temps politique ne s'embarrasse pas du long termisme nécessaire à toute politique industrielle, à toute orientation durable des comportements. Le débat public s'accommode mal de la pensée complexe et n'adore rien tant que les clivages binaires, prompts à envoyer dans les poubelles de l'histoire ceux qui ne penseraient pas conformément à l'air du temps.

Ceux qui osent critiquer le trop plein d'éoliennes s'exposent à la foudre des nouveaux croisés de l'environnement. Rappeler que l'électricité nucléaire, au-delà de la problématique des déchets, est un atout compétitif majeur et décarboné de notre pays n'est pas de bon ton. Et voici que l'avenir de l'humanité nous est tout désigné : la voiture électrique, devenue l'alpha et l'oméga contre le réchauffement. Sans discussion, nos parlementaires ont voté le 21 mai par un amendement la fin du moteur thermique en France à l'horizon 2040.

Cadeau inespéré aux Chinois

Cette perspective est sans doute souhaitable. Mais n'oublions jamais nos intérêts. Déjà une politique incohérente a tué il y a quelques années la filière solaire qui se constituait. Aujourd'hui, une menace similaire frappe la dynamique de la filière biogaz par le recul annoncé des prix de rachat.

Le soutien initial puis la mise à l'encan du diesel ont désorienté l'opinion. Demain, l'abandon du moteur thermique – qui constitue l'essentiel de la valeur ajoutée des véhicules, sera un cadeau inespéré offert aux Chinois, qui maîtrisent à la fois la technologie et les terres rares nécessaires aux batteries. Or le secteur automobile est majeur en Europe, considéré d'ailleurs comme « entraînant » par son effet levier. En Hauts-de-France, plus de 55 000 emplois sont concernés. Cela mérite plus qu'un amendement à la dérobée.

Olivier Ducuing

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Publié le 30/05/2019

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