Minafin, futur grand de la chimie fine

La chimie fine est à la chimie ce que la haute couture est au textile

Le groupe Minafin implanté à Beuvry-la-Forêt, près de Valenciennes " La chimie fine est à la chimie ce que la haute couture est au textile " Frédéric Gauchet, président de Minafin, emploie cette métaphore pour définir l'activité de son groupe. Prestataire de services, Minafin développe des procédés de synthèse. A destination essentiellement des médicaments, mais aussi des arômes et parfums, du caoutchouc, des herbicides...

Frédéric Gauchet, Président de Minafin

L'aventure commence en 2005. Soutenu par les banques et des investisseurs institutionnels régionaux, Frédéric Gauchet, normalien passionné de chimie et de biologie, se porte acquéreur de la SEAC, le pôle de chimie fine du groupe australien Nufarm dont l'objectif était de se recentrer sur son métier de base, l'agrochimie. " Nous l'avons acheté beaucoup trop cher. C'était notre première affaire, nous n'avions pas encore de crédibilité ", soutient-il. L'arrivée d'un repreneur, personne physique, et non d'un fonds d'investissement, motive le personnel. En un an, le chiffre d'affaires passe de 23 à 38 millions d'euros. Pour se développer et atteindre la taille critique suffisante sur ce marché très fragmenté, Frédéric Gauchet choisit la croissance externe :  il est, selon lui, impossible de construire une usine neuve en France où les actifs sont décotés et les salaires trop chargés. " En Allemagne, le salaire de référence est identique au nôtre alors que les employés travaillent cinq heures de plus. Les charges sociales y sont inférieures de 17 % et aux États-Unis, elles représentent seulement 10 % des salaires. Ce problème menace la survie de l'industrie française ".

C'est d'abord l'Allemagne. En 2006, Minafin rachète Chemtec à un groupe américain, SI Group: une usine implantée en ex- RDA, au coeur du gigantesque complexe pétrochimique de Leuna. En l'espace de cinq ans, ce vaste conglomérat a été rénové et privatisé. Avec ses 80 salariés et ses 16 hectares disponibles, le site fournit le cadre idéal à la production de moyennes séries et à de futurs développements. Des développements déjà engagés puisque, dès 2008, une extension abrite de nouveaux réacteurs permettant de traiter en amont toutes sortes de séries. " Pas de voisins, service de sécurité maximum, tous les réactifs dangereux sont mis en oeuvre sur la plate-forme de Leuna ", se félicite Frédéric Gauchet.

Lire aussi : Minafin contrainte de délocaliser en Allemagne le projet "Ampère"

2008, une année noire

L'année commençait bien. En juillet, Minafin poursuit son développement à l'étranger en rachetant une société en Chine au nord de Shanghai. " Nous avions identifié cette affaire avant même de nous intéresser à Seac en 2004. Connaissant très bien le dossier, nous avons été très rapides pour l'acquérir. " Spécialisée en chimie verte et notamment dans l'extraction du furfural, un sous-produit du maïs, ce site ouvre de nouvelles opportunités dans les sciences de la vie.
Un peu plus tard dans l'année, le groupe reprend une unité de chimie fine aux États-Unis, dans la région de Memphis. Minafin mobilise alors un million de dollars dans la rénovation du site en quatre mois. 

Pour financer ce développement fulgurant, Minafin s'endette à hauteur de 30 % du bilan. Un seuil supportable les bonnes années quand le bénéfice atteint 10 % du CA avant impôt. Une situation sensiblement plus délicate en 2008 en période de crise. L'entreprise en essuie même deux successivement. D'abord celle de la restructuration du secteur pharmaceutique. Au niveau mondial, 150 000 personnes perdent alors leur emploi dans le monde, dont deux-tiers de chercheurs. Puis la crise actuelle. A ce contexte lourd s'est ajouté un contretemps très mal vécu sur une extension initialement prévue à Beuvry-la-Forêt, finalement délocalisée en Allemagne, faute d'accord local. Un changement de programme qui a quand même coûté entre deux et trois millions d'euros à l'entreprise (voir encadré). " En 2008, année noire, nous avons été 40 % en dessous de nos prévisions. Nous avons serré la vis pour éviter un plan social "

Grâce au soutien de ses actionnaires, Frédéric Gauchet a pu continuer à aller de l'avant et se porter candidat au rachat du pôle chimique d'AstraZeneca à Dunkerque, un site idéal par sa proximité et sa capacité à produire de grandes séries. Minafin qui pèse désormais 71 millions d'euros de chiffre d'affaires peut donc viser les 100 millions d'euros et devenir l'une des " très grosses Pme mondiales du secteur de la chimie fine ".

Une réorganisation autour de trois marques

La chimie fine est à la chimie ce que la haute couture est au textile

L'une des faiblesses inhérentes aux sociétés en forte croissance consiste à trouver les hommes. Frédéric Gauchet vient d'y apporter une réponse en réorganisant ses équipes autour des trois marques du groupe.

Minakem, d'abord, le vaisseau amiral, dont les trois sites de Beuvry, Dunkerque et Leuna réalisent 75 % du chiffre d'affaires de Minafin. Ce sous-traitant des industries pharmaceutiques fait face à des impératifs de rapidité et de prix. Pierre Charrier, son directeur général, s'insurge contre la concurrence déloyale de certains compétiteurs " qui sous-traitent la fabrication de leurs principes actifs en Asie sans même vérifier les bonnes pratiques en matière de sécurité. " Cet ancien de SEAC, ingénieur diplômé d'un master en biochimie du Colorado et d'un autre en marketing vente à HEC, connaît bien les labos pour avoir fait une incursion de quatre ans chez Delpharm en tant que directeur commercial. Réorganisation de la force commerciale, recentrage vers la chimie multi étapes de haute technologie, développement de synthèses destinées aux médicaments génériques : Pierre Charrier met en place une nouvelle stratégie.


Minafin est un groupe familial détenu à 60 % par Frédéric Gauchet, 30 % par des institutionnels (Croissance Nord Pas de Calais, Matignon Investissement Gestion et CIC Finances) et 10 % par des personnes physiques.

CA 2009 :
100 millions d'euros dont 90 % à l'export
500 salariés dont 67 en R&D

La recherche représente plus de 10 % du chiffre d'affaires

Seconde marque : PennAkem, spécialisée dans la production de chimie verte. Le secteur représente 25 % des ventes de Minafin. Une chimie fabriquée à base de produits agricoles non valorisables dans la chaîne alimentaire. " C'est un secteur de niches, promis à un brillant avenir. Dans un siècle, on ne trouvera plus aucun produit chimique à base de pétrole. " La production se fait en Chine et aux États-Unis.

Menasolve est la troisième marque du groupe, spécialisée dans les bio-ingrédients pour les cosmétiques, arômes et parfums. Cette nouveau secteur dédié aux activités émergentes est implanté à Leuna.

Frédéric Gauchet s'attache aujourd'hui à consolider la réorganisation de son groupe. " J'entoure les trois patrons pour bien structurer nos marques et accompagner le développement harmonieux de la croissance, afin que Minafin ne ressemble pas à un patchwork. " Ce qui ne l'empêche pas de continuer à étudier d'autres acquisitions, à l'instar du dossier de reprise du pôle chimie fine de la SNPE qui lui est passée sous le nez. " Nous n'excluons pas la possibilité de reprendre une usine en zone dollar : Asie, Amérique du Nord ou Amérique Latine " ... Le financement devant toujours se faire par ressources en interne ou par le biais des investisseurs régionaux déjà présents au capital car l'actionnaire majoritaire entend bien conserver le caractère familial de son groupe.

Plus de 10 % du chiffre d'affaires dans la recherche

Rapidité des délais, prix tirés, sécurité maximum dans le respect des normes FDA (Food Drug Administration), les conditions de production sont draconiennes pour les prestataires de service de l'industrie pharmaceutique. Minafin, façonnier des plus grands laboratoires mondiaux, investit chaque année plus de 10 % de son chiffre d'affaires en R&D et emploie pas moins de 67 chercheurs. Le groupe a reçu en 2007 le prix innovation et créativité décerné par la société industrielle du Nord.

D'une formule, Minakem fabrique une molécule livrée sous forme solide ou liquide, prête à être industrialisée. Celle-ci est le résultat de plusieurs étapes de synthèses, jusqu'à 15 ou 20. " Nous devons avoir en permanence un nombre important de projets en cours car très peu parviendront à une mise sur le marché. " expose Olivier Jentzer, à la tête de la recherche de Minakem. Antiépileptiques, anticancéreux, antisida, anticoagulant... Minakem couvre à peu près toutes les pathologies. L'entreprise se tourne actuellement vers les génériques, moins risqués et où les innovations technologiques lui permet d'obtenir des coûts de revient attractifs.

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