La transformation digitale des métiers du droit : vers le juriste augmente

Christophe Roquilly, professeur de droit à l'Edhec Business School, directeur du centre Legaledhec et doyen du corps professoral et de la recherche Christophe Roquilly, professeur de droit à l'Edhec Business School, directeur du centre Legaledhec et doyen du corps professoral et de la recherche

La transformation digitale concerne toutes les entreprises et toutes les fonctions dans l’entreprise. Les entreprises dont le métier est de produire des solutions juridiques pour leurs clients (cabinets d’avocats, études notariales et d’huissiers, en particulier) et les directions juridiques n’y échappent pas, et c’est tant mieux ! Que le client soit externe ou interne, il est attendu des juristes qu’ils fournissent des conseils et un support qui soient rapides, fiables, efficients, et contribuent à créer de la valeur. Pour se faire, ils doivent trouver de l’information, l’analyser, construire la solution, la proposer au client et, le cas échéant, l’appliquer. Qu’amène le digital ? Bien choisi et bien utilisé, il doit notamment permettre d’améliorer l’efficience et l’efficacité dans la recherche et l’analyse de l’information, le knowledge management, la relation-client, la production d’actes juridiques, l’analyse des risques. L’activité sur le marché des Legaltech en témoigne : le Guide et Observatoire permanent de la LegalTech et des start-up du droit en France publié par le Village de la Justice recense plus de 200 acteurs, couvrant plus de vingt domaines (de l’information juridique à l’arbitrage, en passant par la justice prédictive, les outils métiers, le big data juridique, etc.). Et ce n’est pas fini ! D’ailleurs un consortium LegalTech a été créé au sein d’EuraTechnonogies. En 2017, 16,5 % des LegalTech françaises ont levé des fonds pour un montant total de 12,8 M€. Même si ce foisonnement n’est pas toujours impactant sur les compétences des juristes, il les concerne directement très largement. Certains s’en inquiètent, pensant que les algorithmes, les robots, les machines, vont les remplacer ou se substituer à leurs offres de services. C’est très majoritairement inexact. En revanche, l’enjeu sur les compétences à détenir pour être recruté puis progresser dans son métier, est réel. Développer des compétences digitales est devenu indispensable. Evidemment, il ne sera pas attendu que tous les juristes soient des codeurs ! Mais pourront-ils ignorer comment utiliser des outils de workflow, des smart contracts ? Ou encore être capables d’optimiser le travail partagé sur document, d’intégrer les outils de legal analytics dans leurs pratiques, d’identifier en continu les nouveaux outils digitaux ? Pour ne prendre que quelques exemples. Mais l’augmentation du juriste ne se limite pas aux outils digitaux. En réduisant grâce à la machine le temps passé aux tâches répétitives et à faible valeur ajoutée (ce qui ne veut pas dire qu’elles ne soient pas indispensables), les équipes juridiques (re) gagnent du temps pour mieux gérer la relation-client et l’ensemble des expertises détenues par leurs membres. L’augmentation du juriste passera donc aussi par le développement de ses softs skills et business skills. Développer son agilité comportementale et business, son intelligence collective et son discernement, sa capacité au talent management et son expertise strategique, permettront au juriste, qu’il soit interne à l’entreprise ou externe, d’améliorer sa performance au service de son client. Finalement, en s’augmentant, le juriste augmente aussi la promesse de valeur et sa création, qu’il s’agisse de protéger les actifs de l’entreprise ou de créer de nouvelles opportunités strategiques, opérationnelles et financières.

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