La transition énergétique, un enjeu "glocal"

Louis-Philippe Blervacque (CCI), Alain Schmitt (IMT-Lille Douai), Mathias Povse (EDF), Martial Vandewoestyne (Symevad) et Olivier Ducuing (Eco121). Louis-Philippe Blervacque (CCI), Alain Schmitt (IMT-Lille Douai), Mathias Povse (EDF), Martial Vandewoestyne (Symevad) et Olivier Ducuing (Eco121).

Disparition d’espèces, montée des températures, événements climatiques extrêmes... le dérèglement planétaire ne cesse de faire les gros titres. Face à ce défi mondial, les réponses sont aussi (surtout ?) locales. Quid dans les Hauts-de-France ? Le Club Eco121 s’est penché sur la question à l’IMT-Lille Douai.

Au moment où la Région et l’ADEME s’engagent pour un fonds régional annuel de 24 M€ pour l’Amplification de la Troisième Révolution Industrielle (FRATRI), les initiatives locales se multiplient pour décarboner toujours plus l'économie. Depuis plus de cinq ans, conseil régional et monde consulaire en ont fait une priorité commune, Rev3. Mi-2018, on dénombrait un millier de projets en lien avec la TRI, dont 800 portés par 500 entreprises, et quinze territoires démonstrateurs labellisés.

Ils sont 1 200 cette année. Efficacité énergétique, production d’énergie renouvelable, économie circulaire mais aussi révolution numérique, nombre d’entreprises et de collectivités – telles que Fourmies ou Montdidier (lire ci-contre) – ont intégré cette vision dans leur déve- loppement. « La dynamique est là, grâce à un collectif volontariste mis en place avec tous les acteurs », assure Louis-Philippe Blervacque, président de la commisssion Rev3, de la CCI de Région.

Toutefois, pour Mathias Povse, délégué régional EDF Hauts-de-France, il est nécessaire de développer une réflexion glocale (globale et locale) couplée à un mix énergétique regroupant énergie décarbonée et gestion plus fine, numérique, de l’intermittence des énergies renouvelables. Tout cela, en maintenant la compétitivité de l’électricité en France car elle contribue à son attractivité pour les entreprises. « Le modèle déployé jusqu’à aujourd'hui pour les ENR est la notion d’incubateur et d’accélérateur. Lorsqu’on vise la neutralité carbone d'ici 2050 (avec un mix bas carbone 50% ENR et 50% nucléaire), on n’est plus dans l’incubation ou l’accélération mais dans une approche industrielle, c’est ce qu’EDF a engagé avec son plan solaire et son plan stockage, ainsi qu’une réflexion sur le nouveau Nucléaire notamment à Gravelines. Nous devons donc trouver un équilibre économique tout en assurant une électricité fiable, disponible et économiquement intéressante pour le particulier ou l’industriel », estime-t-il. Avant de rappeler que le prix de notre électricité reste l’un des moins cher d’Europe : autour de 17 centimes d’euros TTC du kWh pour un particulier, contre 39 centimes du kWh en Allemagne.

Solutions de pointe

Les réponses face à la surchauffe planétaire passent aussi par l’innovation. Depuis quatre ans, le syndicat mixte Symevad a mis en route son usine TVME d’Hénin-Beaumont (53 M€ d’investissement). Elle transforme les déchets de 320 000 habitants en combustibles à la fois gazeux – pour l’injection de biométhane dans le circuit d’Engie – et solides à faible granulométrie, appelés CSR. Ce CSR est actuellement utilisé dans deux cimenteries. « Le domaine du déchet devient une vraie industrie, pointe Martial Vandewoestyne, vice-président de l’agglo du Douaisis et président du Symevad. Au sein de TVME, on utilise des outils de séparation mécanique. On essaie de faire les choses le plus proprement possible. C’est un outil de haute technologie ! » Qui génère un coût de traitement à la tonne plus faible qu’en centre d’incinération traditionnelle : 100€ à la tonne, contre 130€, précise-t-il. L’objectif affiché : tendre vers le zéro déchet, par plus de valorisation. « L’usine d’incinération et de valorisation énergétique est une solution maîtrisée. L’inconvénient c’est qu’elle ne valorise que 30% du potentiel des déchets. Notre outil, lui, atteint les 90% ».

Campus zéro carbone

De son côté, l’école IMT-Lille Douai (ex école des Mines) a pleinement intégré cette dimension écologique. Dans sa formation, avec notamment des masters spécialisés pour des jeunes ingénieurs toujours plus en quête de sens et dans la participation au développement économique du territoire. « Nous menons une recherche orientée dans une logique de partenariat avec des entreprises pour créer du savoir, de la valeur ajoutée et de la richesse », précise le directeur Alain Schmitt. Des partenariats noués, entre autres, via son incubateur APUI qui soutient aussi bien les étudiants et diplômés que des porteurs de projets externes. L’établissement a construit toute une stratégie basée sur son "plan vert". Un projet campus zéro carbone a ainsi vu le jour. Il intègre un parc automobile électrique (10 véhicules), l’optimisation de l’éclairage et de la consommation en énergie.

« Nous avons développé un système de pilotage et doté l’établissement de capteurs qui permettent de mieux gérer le chauffage des salles. Il se déclenche une dizaine de minutes avant l’arrivée des élèves en classe et s’éteint lorsque la chaleur humaine a fait son office », détaille Alain Schmitt. Avec un retour sur investissement au bout de trois mois. L’école ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’elle s’intéresse à la création d’un parc photovoltaïque.

Nécessaire visibilité

« Beaucoup de belles choses ont déjà été réalisées », se félicite Louis- Philippe Blervacque. Qui estime « qu'il faut aller plus loin en allant dans les territoires et en favorisant l'appropriation citoyenne ». A l'image de la CCI et ses "Rev3 Tours" pour valoriser les projets existants auprès de ceux qui n'ont pas encore franchi le pas.

Cela passe aussi par des investissements accrus. « Nous devons identifier les projets de filières régionales matures - l'éolien, le biogaz (soumis par la nouvelle programmation pluriannuelle de l'énergie à une baisse drastique de son prix de vente dès 2023 d'environ 30€ du MWh, ndlr), le photovoltaïque - et leur donner suffisamment de visibilité sur le long terme pour susciter des investissements qui auront un prix de revient intéressant », expose Louis-Philippe Blervacque. Qui juge nécessaire d'investir les filières émergentes.

Développer des écosystèmes

Mathias Povse renchérit : « Il faut réfléchir nationalement avec de grandes orientations mais aussi localement : quelle politique énergétique pour les hauts-de-France, comment valorise-t-on les potentiels énergétiques locaux avec une vision économique ? », insiste-t-il. « Le modèle ne sera durable que s’il est projeté à 20 ou 30 ans avec un vrai modèle économique. On ne peut pas développer un mix énergétique équilibré bas carbone uniquement basé sur un système de subventions et une vision court terme ! » Enfin, pour que le mouvement perdure, les écosystèmes doivent se multiplier. « On a déjà un mix très projeté dans l’avenir en région, il y a du très centralisé décarboné avec la centrale de Gravelines, des moyens de gestion d’intermittence les plus performants avec la centrale de Bouchain (record mondial de rendement avec 62,2%) la première filière biogaz de France, la première région éolienne de France et on avance sur le photovoltaïque et les énergies marines. Maintenant, la question c'est : comment on crée une filière génératrice d’emploi ? Si on veut créer durablement cet aspect global local, il faut que l’ensemble des valorisations des potentiels énergétiques soit fait en local ».

« Suivons l'exemple de l’accélérateur rev3, en mettant autour de la table les collectivités, la CCI, le monde de la recherche, les grands partenaires et les entreprises. Ensemble ils développeront des écosystèmes et donneront naissance à des entreprises avec de l’emploi local à la clé », préconise Louis-Philippe Blervacque. L'appel est lancé !

Montdidier carbure à l'énergie positive

A Montdidier, dans la Somme, l'avenir s'écrit en vert. Cette commune de 6 600 habitants fait des énergies renouvelables son vertueux tremplin de développement. Voilà près d'une décennie qu'elle a investi dans un parc de 4 éoliennes de 2 MW (dont les bénéfices sont réinvestis dans la réhabilitation thermique), un réseau de chaleur pour les équipements publics ainsi que dans un parc de 1 200 panneaux photovoltaïques, produisant annuellement 321 MWh. Résultat : la ville est déjà autonome en énergie à 50 % ! « Lorsqu'elle est excédentaire, la commune revend son électricité au réseau. Quand ce n'est pas le cas, tout est consommé sur place », souligne Louis-Philippe Blervacque.

Pour les années à venir, Montdidier n'est pas à court de projets : au programme notamment, un second parc éolien, une seconde chaudière biomasse et le déploiement de son réseau de chaleur aux logements chauffés principalement au fioul. Avec un objectif clair : atteindre l'autonomie complète à horizon 2030.

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